Le titre est seulement comme vous voyez-là, parce que je suis déçu ce matin du jeudi 19 juillet 2018. Pensez : c’est la date limite de dépôt des candidatures, et on n’a enregistré aucun frémissement féminin en vue de la présidentielle du 7 octobre prochain. Je ne sais pas vous, mais moi, ça me dérange ! Toutes ces années de promotion de la femme pour arriver à ça ?

En 2011, Elections Cameroon (Elecam) avait admis que deux championnes participent au rush vers Etoudi: Edith Kah Walla (Cameroon People party) et Esther Dang (Branche pour la Reconversion Intégrale du Cameroun). Ces noms de parti vous laissaient comme un goût de cuir dans la bouche, car ces femmes-là avaient battu pavé pour gagner le droit de guerroyer dans la Loft Story des urnes, au lendemain des printemps arabes. Un autre temps !

Déjà, nous partions de loin en 2004, avec seize candidats retenus pour zéro femme ! La cuvée de 2011 (vingt-et-un candidats qualifiés) fut donc celle de l’optimisme pour nous autres, qui misons sur un changement du Cameroun, entre autres par un leadership féminin plus assumé. Les deux candidates de cette présidentielle-là, tout comme la sixième place de Kah Walla (34 639 suffrages recueillis), portaient des fleurs dont nous attendions les fruits en 2018.

Las ! Les leaders féminins de janvier 2018 semblaient plus disponibles sur les réseaux sociaux à coups de clips et de clashes ultra «likés», que dans l’arène des idées utiles à la cité. Coco Emilia, Nathalie Koah, Marlène Emvoutou, Blanche Bailly, Daphné Njié achevaient de grignoter le paysage des «influenceuses» au nez et à la barbe (c’est pas moi qui ai inventé cette expression) des femmes politiques. Et tous ces thèmes exaltants qu’on nous a brandis le 8 mars ? Qu’est-ce qui n’a pas marché ? aurait demandé le poète Mister Léo.

Faut-il donc que cette époque soit ingrate envers les femmes, dont la dignité est déjà ravagée par un islamisme rétrograde façon Boko Haram ? Pire : il a suffi en 2018 que quelqu’un suggère le recours aux poupées sexuelles, pour que l’idée prospère ! Même le très vénérable quotidien Mutations en a fait son beurre début février en titrant: «Le phénomène des poupées sexuelles». C’est vous dire l’impact !

Le 8 mars, on a vu des citoyennes défiler derrière des pancartes disant «Non aux poupées sexuelles !» Et à part la levée de boucliers contre des fraudes présumées chez les Miss, je n’ai pas senti les Camerounaises se passionner pour un sujet d’actualité ou pour une cause quelconque. Tout ça pour ça !

Résultat : nous en sommes arrivés en juillet 2018 à une absence de femmes sur une plateforme où la visibilité aurait compté pour les causes qui leur sont chères. Du coup je crains que cette campagne sans femmes symbolise un rétrécissement de l’espérance en des temps difficiles. Gandhi avait demandé : «Qui peut faire appel au cœur des hommes avec plus d’efficacité que la femme ?». Aujourd’hui, par désespoir, moi je pense aux poupées.

 

Thierry Minko’o