Flore Hantzer est Florida à l’écran. La présentatrice de l’émission Jet Privé sur la Cameroon Radio Television (Crtv) travaille à faire muter son concept, qui en est à sa septième saison. Communicatrice pour les récents shows de Lady Ponce et Meiway à La Cigale à Paris, l’ancienne spécialiste du 400m a désormais faim de grands espaces.

Sa casquette de commandant de bord est devenue un marqueur, tout comme  la déco de ses plateaux. Avec l’émission Jet Privé, ce personnage affable et charmeur pense avoir fait le tour de l’élite people dans son pays et en dehors : des célébrités interviewées à tour de rôle pendant 52 minutes dans ce qui ressemble à un habitacle d’avion. Une idée simple.

Pourtant, lorsqu’elle venait présenter son projet au Cameroun en novembre 2008, très peu auraient parié sur la longévité d’un programme ayant pour productrice et présentatrice une gentille et jolie personne. En plus, sur les plateaux où elle fut invitée, elle se disait «humble et ouverte», rêvant de ce que son Jet Privé, émission de divertissement, ferait chaque mois une intrusion dans la vie privée d’une vedette de la chanson ou d’une personnalité de la diaspora afro caribéenne. «Je ne vis pas mon projet comme un fardeau, répétait-elle à l’envi. Pour moi, c’est d’abord une passion qui me permet de faire voir aux nombreux fans l’autre côté caché de leurs stars». C’est la Cameroon Radio Television (Crtv) qui fut choisie pour diffuser l’émission, pour des raisons «stratégiques». Les téléspectateurs eurent droit à l’avant-première du programme avec Assalfo, leader du groupe ivoirien Magic System ; tandis que Meiway était annoncé pour le 6 décembre de cette année-là.

ÉLITE MUSICALE

Trois ans plus tard, c’est dans les salons Wilson à Paris, dans la Plaine Saint-Denis, que Florida enregistrait la Saison III, avec diffusion sur 3A Télésud. Étaient invités: le doyen de la musique ivoirienne Justin Stanislas, la révélation guinéenne Alama Kanté, le loveur camerounais Sergeo Polo et le Congolais «propriétaire de tous les dossiers», Awilo Longomba.
Après la cinquième saison fêtée à Paris en 2014, Florida annonçait de nouvelles stars à bord du jet, mais aussi de nouvelles orientations : délocalisation des enregistrements pour certains artistes ne vivant pas en France, changement de décor. Parole tenue !

Au mois de novembre 2016, l’équipe de tournage a pris ses quartiers à Lyon, où une forte colonie camerounaise sollicitait depuis longtemps la venue du Jet. C’est cette émission que les téléspectateurs ont découvert en janvier et février  derniers, avec un plateau où l’on a vu défiler les Mani Bella, Adèle Katt, Louis Essem, Richard Epesse, Tsimi Toro, Angelina Tezano, et l’Ivoirien Meiway… Pour sa part, Manu Dibango a été annoncé à la prochaine édition, sachant que celle de fin 2017 serait enregistrée à Yaoundé.

Finalement, c’est toujours une passion ou c’est aussi du business ? Le cœur de Florida balance : «De manière générale, en audiovisuel, la rentabilité d’un projet n’est pas immédiate. C’est souvent au bout de plusieurs années qu’on peut avoir des retombées financières. Mais notre projet sera forcément rentable tôt ou tard».

Elle est allée à la rencontre de la nouvelle équipe dirigeante de la télévision nationale. «Nous devions rediscuter des conditions de collaboration», justifie-t-elle. Cependant, si le concept Jet Privé continue d’habiller la grille des programmes émis depuis la tour de Mballa II, une «impression déjà d’avoir fait le tour en termes d’invités» commence à se faire sentir chez le commandant Florida. «Il est temps de concevoir d’autres programmes, de créer autre chose, insiste-t-elle. En télé, il faut changer».

DÉFENDRE LES SPECTACLES EN LIVE

Et pour changer, Florida sait le faire. Puisqu’elle travaille aussi dans la communication et l’évènementiel pour certains projets quand on la sollicite,  la voici qui dirige une petite unité proposant une large gamme de supports audiovisuels  pour entreprises et particuliers (spots, documentaires, publi-reportages). En collaboration avec la boîte Torpedo Productions, elle avance à grands pas dans la cour des organisateurs de spectacles. Pour les dix ans de carrière de Lady Ponce le 21 janvier dernier à La Cigale à Paris puis le concert de Meiway le 10 février dans la même salle, Florida s’est vu confier le volet communication de l’event. Tout ce qui s’est fait comme rendez-vous médias, promotion, points de presse et distribution des billets, c’était elle. Un sacré challenge en réalité. La Cigale a beau être auréolée d’une réputation prestigieuse depuis 1887 avec son fameux plafond peint par Adolphe Léon Willette, placer mille tickets et faire salle comble avec un public africain est loin d’être une sinécure. «Le concept du live n’est pas encore très accepté par les communautés africaines en Europe, souffle-t-elle. Les gens préfèrent les soirées où on peut boire du champagne, même si les artistes font du playback. Or c’est sur les live que les artistes sont mis en valeur».

Se mettre en valeur… Cela pourrait être son leitmotiv. Passée par des études d’audiovisuel à l’École française des Attachés de Presse (Efap) en Côte d’Ivoire puis à Paris, cette routarde a travaillé avec plusieurs agences de communication et des maisons de production, avant de créer sa propre structure en 2003. «J’ai toujours été attirée par ce domaine, c’est ma passion avant tout».

ANCIENNE ATHLÈTE

En réalité, pendant un certain temps, sa passion fut de courir plus vite que tout le monde. «J’ai fait de l’athlétisme en compétition scolaire, révèle-t-elle. Ma spécialité c’était le demi-fond : 400m et 800m. J’étais assez douée, mais je n’ai pas voulu évoluer au niveau professionnel, car cela avait certaines contraintes».

Les métamorphoses de la jeune fille ont commencé par son nom. Elle est née Flore Tchana. «Tchana comme le chanteur très connu du même nom, précise-t-elle. C’est d’ailleurs mon père qui lui a appris ses premières notes de musique».

Son enfance, d’aussi loin qu’elle se rappelle, ce sont des kilomètres pour aller à l’école ou aux champs avec sa mère, ses frères et sœurs… Elle se souvient d’une éducation stricte : l’église le dimanche, la catéchèse. Le respect des aînés… Voyage en France. Puis un jour Flore Tchana devient Mme Hantzer, du nom d’un Français d’origine suisse allemande rencontré à Lyon. Le couple aura une fille avant de se séparer : «Je me dis simplement que c’est tout ça qui m’a forgée et a fait de moi la femme battante et courageuse que je suis devenue». Florida partage aujourd’hui la vie d’un homme public dont elle préfère ne pas décliner l’identité. Pour elle, l’essentiel c’est se sentir très heureuse avec cet homme-là et leurs enfants Abigail, Chrys, Louis-Philippe et Grâce. Comme certains médias ivoiriens habillent son nom de l’épithète «ivoiro-camerounaise», elle indique alors que son prince charmant est «connu, il est dans le show biz ivoirien».

 

Sujet ICI Cameroun N°86