Avocate et première femme membre du barreau de Douala alors qu’elle avait 24 ans, Maître Alice Nkom ne laisse personne indifférent dans son pays. Elle a carrément mis sur pied une association pour la défense des homosexuels.

 

«Le détonateur a été une visite que j’ai eu à mon bureau de deux Camerounais avec leurs deux amis étrangers en vacances au pays, relate l’avocate avec emphase. Ils étaient heureux de leur montrer leur pays, le Cameroun. En les observant, j’ai remarqué qu’ils étaient bien plus que des amis. Je les ai prévenus que contrairement à la France, il était très dangereux d’afficher son homosexualité».

C’est ainsi que la première femme avocate au Cameroun a décidé de créer l’association Adefho, pour la défense des homosexuels. Longtemps, celle-ci fonctionnera avec ses fonds propres : personne ne souhaitait en être membre, de peur d’être envoyé en prison.

PRIMAUTÉ DES TRAITES INTERNATIONAUX

Comme l’explique encore Maitre Alice Nkom, au regard des traités internationaux que le Cameroun a signés, le texte de l’article 347 bis du Code pénal est illégal. Celui-ci oblige à un flagrant délit, et donc à une violation de domicile et de vie privée. Or, celle-ci est garantie par la Déclaration universelle des droits de l’Homme, que le Cameroun a adoptée comme préambule de sa Constitution. Quand elle en parle, on voit se dessiner une passion pour le droit et la justice. Voici quinze ans qu’elle reçoit des menaces de mort, mais comme elle aime dire : «même pas peur !».

«Je recevais des menaces de gens qui me disaient qu’ils savaient où j’allais plaider. J’arrivais au tribunal avec des gardes du corps. La foule me demandait d’arrêter de défendre des diables. Je restais froide et je montrais toujours que cela ne m’atteignait pas. J’ai déposé trois plaintes, mais personne ne m’a jamais rappelée ; les autorités ne veulent pas les prendre en compte», regrette-t-elle.

FIÈRE DE SES COMBATS

En tant qu’actrice des médias, j’ai toujours été fascinée par ses prises de parole. Elle avait tout compris. Dans un premier temps, pour créer le débat, Maitre Nkom se rapproche des médias. Son objectif ?  Mettre la lumière sur la situation des homosexuels au Cameroun, car de nombreuses organisations pensaient que les répressions contre eux étaient plus en Ouganda, au Zimbabwe ou même au Nigeria. Maitre Alice Nkom est devenue la parole, le visage de ces gens qui n’en ont pas.

Quinze années après, elle est fière d’elle. De son point de vue, il y a de moins en moins d’agressivité qu’en 2003. Les gens essayent de comprendre. «De nombreux partis sont d’accord avec ce que je défends. Ils sont convaincus par ce que je dis, mais ne sont pas prêts à aller à l’encontre de leur maître, le président de la République.»

J’aime l’idée de savoir que Maitre Nkom est fière d’elle. Être digne, cela signifie d’avoir une bonne estime de soi. Souvent, les personnes qui sont fières d’elles-mêmes sont passionnées par la vie, elles se sentent heureuses et reconnaissantes, et elles sont très bonnes pour motiver les autres. Les mots, actions d’Alice Nkom, inspirent la femme que je suis devenue. À 73 ans, elle tient toujours son cabinet d’avocats, bien qu’elle n’y aille plus souvent.

 

Texte : Diane Audrey Ngako – Photo: Patrick Nelle – ICI – A lire en intégralité dans ICI N°89 en kiosque