Son dernier long métrage, «Le serpent de bronze», sort bientôt. Réalisateur, acteur et producteur, il nous fait part dans cette interview des motivations qui l’ont poussé à tourner ce film.

 

«Le serpent de bronze», un nom bien étrange pour un film hommage. Quel en est la trame ?

C’est un film inspiré de la vie du Dr Ben Fayçal, jeune médecin de 34 ans mort, victime  d’une morsure de serpent et de manque d’antivenimeux alors qu’il abattait avec les communautés villageoises, un travail remarquable pour réhabiliter l’hôpital de district de Poli, dans le Nord Cameroun, où il avait été affecté. Il est mort par amour pour ses malades. Le film revient là-dessus mais n’a pas la prétention de retracer sa vie. Il n’est pas basé sur des faits réels. C’est tout un scénario qui a été écrit autour parce que son histoire n’était pas suffisante pour qu’elle soit portée à l’écran. Il fallait la fiction, renforcer pas mal d’éléments scénaristiques au niveau de l’intrigue pour qu’on puisse aussi, à travers son histoire, avoir un film qui réconcilie le personnel hospitalier et les malades et qui rend hommage à tous les héros de l’ombre.

Était-ce si important de porter cet hommage à l’écran ?

C’était important de rendre cet hommage, car nous sommes dans une logique de parler des modèles. Je pense qu’on a accordé parfois un peu trop d’importance à ceux qui menacent, intimident, font beaucoup de bruit. On a pensé que pour que notre nation puisse avancer, notre contribution serait de parler des gens qui font bien, qui se sacrifient, qui ne font pas comme tout le monde parce que c’est la mode. Et notre société a besoin de modèles.

On a un casting international avec Michel Gohou ou encore Siriki et Souké des Boubodiouf…

Il était important de «panafricaniser» cette production parce que le sujet dont on parle n’est pas que camerounais, il est africain. Le film est tourné au Cameroun et aux Etats-Unis.Gohou, Siriki et Souké sont en tête d’affiche mais il y a plusieurs nationalités dans le film : togolaise, centrafricaine, nigériane, etc. Il était important que le film fasse aussi sonchemin dans ces pays, mais que l’Afrique résonne d’une même voix. Je rends grâce à Dieu qu’ils aient accepté de se prêter au jeu. J’espère maintenant que leur participation sera à la hauteur de l’amour que le public a pour eux.

Mais l’on retrouve Thierry Ntamack dans la peau du personnage central. Un rôle taillé à votre mesure ?

Thierry Ntamack est sudiste et chrétien, le Dr Fayçal était nordiste et un musulman pieux. C’est ça la beauté de notre nation, encore plus le côté fantasmagorique de notre univers. Ça m’intéresse de jouer des personnages qui,dans la vie, sont loin de moi mais proches de moi dans les valeurs. Je ne voulais pas qu’on ne voie le Dr Fayçal que comme un nordiste, mais qu’on le voie comme un jeune Camerounais, brillant dans l’exercice de ses fonctions, passionné dans ce qu’il faisait pour que ça nous inspire plus. Pour ceux qui ne le savent pas,j’ai grandi à Ouro-Tchédé, dans l’Extrême-Nord.Mon nom d’adoption quand j’étais petit était Fayçal. Donc, le destin ne fait que me rattraper et c’est un honneur pour moi de prolonger l’œuvre du Dr Fayçal à ma manière. J’espère qu’on ne verra pas l’interprétation par rapport à la région ou à la religion,mais par rapport aux valeurs. Je pense que la maturité pour un artiste, c’est de se sentir utile et je veux être utile pour ma nation, pour l’Afrique.

 

Propos recueillis par Patricia Ngo Ngouem

Crédit photo : Sylvester Finch