Édith Tialeu, fine gâchette de la décoration d’intérieur, est la promotrice de la marque Frida. Édith se veut un concentré de la femme africaine idéale : dynamique, curieuse, aventurière et savourant chaque instant de la vie.

 

Qu’est-ce qui fait la particularité de la marque Frida ?

Frida est née de mes diverses passions. J’adore le voyage, la mode, le design d’intérieur, les savoir-faire locaux et l’Afrique. C’est tout naturellement que j’ai combiné le tout pour créer Frida, une marque de décoration d’intérieur dont les objets sont réalisés par des entrepreneurs aux quatre coins du Cameroun. Je l’ai lancée en septembre 2013 avec pour but de redéfinir l’esthétisme africain. C’est un mélange entre les traditions et le monde qui nous entoure.

Pourquoi avoir choisi de rentrer au Cameroun ? 

On ne peut pas vraiment dire que je suis rentrée car je suis née à Paris et j’y ai vécu. J’ai grandi dans un cercle familial où se mêlaient les deux cultures : la camerounaise et la française. Petite, j’allais en vacances au Cameroun et en Côte d’Ivoire. C’est à ce moment que l’amour du continent est né. Et je me suis dit que plus grande, j’irai vivre en Afrique.  J’avais plusieurs choix en tête et, finalement pour des raisons familiales, j’ai posé mes valises à Douala.

De nombreux jeunes de notre génération pensent à la sécurité financière et la qualité de vie lorsqu’ils rentrent au pays d’origine. Etait-ce votre cas aussi ? 

Je pense que cela dépend vraiment de ce que l’on recherche. Chaque histoire est différente. Pour ma part, je connais la culture française et j’avais besoin de pouvoir connaitre et vivre pleinement ma culture camerounaise. C’est la terre de mes ancêtres. Les livres et les paroles de mes proches ne me suffisaient plus. J’avais besoin de fouler cette terre et vivre mon rêve africain.

Vous aviez un emploi en France, pourquoi avez-vous choisi la carte entrepreneuriale au Cameroun ?

Il était compliqué de créer une marque «Made in Africa» et d’être à 6000 km. Je n’aurais pas pu vivre les réalités, comprendre l’environnement et surtout être créative. C’était important, pour moi, d’apporter ma petite pierre à l’édifice en étant au pays.

Depuis cinq années l’Afrique inspire le monde du design, du luxe et même du prêt à porter. Quel est votre regard sur ce phénomène ? 

C’est excellent ! Cela a été une de mes motivations. J’ai toujours regardé les Fashion Week à Cape Town, Lagos et Nairobi. Ces trois pays drainent un dynamisme et offrent une vraie ouverture de la mode africaine. Nous sommes encore loin du modèle européen, mais de plus en plus de distributeurs internationaux et aussi locaux s’ouvrent sur nos marchés émergents. Au niveau local, le «consommateur» préférait, pour des raisons d’image, acheter ce qui vient de l’étranger, malgré le prix. Depuis mon retour, je remarque tout de même une évolution, les consommateurs sont de plus en plus sensibles au Made In Africa.

Le prix. Voilà un des freins que les consommateurs relèvent quand on leur parle de marques africaines. Quel est le positionnement de votre marque Frida ? 

Je me positionne sur différents leviers de prix. Mon entrée de gamme est de 10.000 à 50.000 CFA. Je travaille des produits artisanaux avec des matériaux de qualité et un vrai savoir-faire. C’est pour cela qu’il est important pour ma marque d’être transparente et d’expliquer le processus de création et de fabrication, afin que le client comprenne le montant. Néanmoins, je travaille actuellement sur une gamme de produits à prix abordables afin de pouvoir faire rentrer Frida dans chaque maison.

Avez-vous des marques sur le continent qui vous inspirent ? 

J’aime bien The Ninevites, Tongoro, Osengwa, Elie Kuame, Ibaba Rwanda, Imane Ayissi, A.A.K.S… je m’arrête là car la liste serait trop longue.

Et des modèles féminins ?

De grandes figures comme Ophra Winfrey, Chimamada Adichie, ou encore Scheena Donia. Mais il y a aussi ces femmes qui m’entourent dans mon quotidien : ma cousine Adelaïde ou Aicha, mes amies Christelle, Caroline, Diane, ou encore ma mère et ma tante Odette. Elles sont toujours présentes pour m’accompagner et m’inspirer, c’est une chance.

Où pouvons-nous trouver vos produits ? 

J’utilise différents canaux de distribution, online : sur mon site www.frida-54.com, la marketplace Etsy sous le nom de HelloFrida54 et bientôt sur le site www.houzz.com : Frida-54. Je fais aussi des ventes privées, pop up store et salons sur Paris et au Cameroun. J’espère ouvrir bientôt un showroom sur Douala.

Les clients sont-ils au rendez-vous ? 

La question à cent mil dollars. Au début j’ai passé presque deux mois sans rien vendre ; puis j’ai fait mes premières ventes grâce à ma mère lors de mes ventes privées en France. J’ai dû revoir à un moment ma stratégie, réétudier mon marché, les attentes des clients et savoir où je pouvais les trouver. Alors petit à petit, je commence à me construire un portefeuille clients. Ce n’est pas évident d’imposer une nouvelle marque sur le marché et de demander aux gens d’y adhérer. C’est un travail de longue haleine que je continue de faire.

En tant qu’entrepreneur, quelles sont les principales difficultés auxquelles vous avez dû faire face ?

Le personnel, d’abord. Ici ce sont principalement mes artisans qui ont une méthode de travail assez archaïque et qu’il faut faire évoluer. L’autre vraie difficulté, c’est le manque de formation sur la gestion d’une entreprise. Vous savez, même si vous allez à l’école, sur le terrain les choses sont complètement différentes. Nous avons besoin de formations techniques (gestion, marketing, fiscalité…), et de formations en développement personnel (prise de décision, management, confiance en soi…). De plus, il nous faut des personnes qui nous parlent plus des réalités durant tout le processus et non uniquement de la finalité.

Quel message pouvez-vous passer à ceux qui souhaitent se lancer dans l’entrepreneuriat ? Et à ceux qui souhaitent rentrer au pays ? 

Il faut d’abord se poser les vraies questions, sentir une forte motivation et se fixer un but. Ce n’est pas une mode mais un état d’esprit, un vrai combat de jour comme de nuit, dont les résultats peuvent pointer seulement après 5, 10, 15 ans. Il faut une persévérance et un mental d’acier. L’aspect créatif, qui est la plus fun du travail, ne représente que 15% de mon temps ; le reste c’est sur le terrain en ‘’B to B’’ ou ‘’B to C’’, dans les ‘’excel et stratégies and co’’… Il faut être conscient de tout cela.

Pour ceux qui souhaitent rentrer au pays, je leur dis qu’il y a de la place pour tout le monde. On ne vient pas révolutionner ou bouleverser le monde dans lequel l’on s’installe, mais au contraire apporter sa touche, son expertise afin de faire évoluer les choses avec les personnes qui y vivent déjà.

 

Propos recueillis par Diane Audrey Ngako

A lire dans ICI Cameroun N°89 en kiosque