Le tribalisme et moi on se tutoie car on se connaît. Mais depuis qu’il a pris la furieuse manie de suggérer des effusions de sang, j’ai décidé d’impliquer Martin Luther King Jr. Pourquoi lui ? Parce que je connais les ruses du tribalisme, ce vieux chimpanzé malfaisant. Si je convoque un intellectuel camerounais, le tribalisme fléchira mais nous perdra du temps à essayer de sortir des clichés pourris pour semer le doute. Alors, va pour le Révérend King dont le rêve a déchiré les ténèbres du racisme dans une Amérique que l’on croyait irréconciliable.

Je fais un rêve, disait-il ce fameux 28 août 1968 à Washington.

Je rêve qu’un jour sur les collines de Ngoa Ekelle (les termes adaptés sont en italiques) les fils d’anciens maquisards et ceux d’anciens éperviables pourront s’asseoir ensemble à l’amphi de la fraternité.

Je rêve qu’un jour, même la Région du Nord-ouest, une Région où brûlent les feux de l’injustice et de l’oppression, sera transformée en une oasis de liberté et de justice.

Je rêve que mes quatre petits-enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la langue du village, mais sur la valeur de leur caractère. Je fais aujourd’hui un rêve !

Je rêve qu’un jour, même sur les réseaux sociaux, avec leurs abominables tribalistes, avec ce langage plein des mots «génocidaire» et «vidéo de l’horreur», que là même sur les réseaux sociaux, un jour les petits garçons beti et les petites filles bamiléké pourront se donner la main, comme frères et sœurs. Je fais aujourd’hui un rêve !

Je rêve qu’un jour toute la vallée sera relevée, toute colline et toute montagne seront rabaissées, les endroits escarpés seront aplanis et les chemins tortueux redressés, la gloire du Seigneur sera révélée à tout être fait de chair. Telle est notre espérance. C’est la foi avec laquelle je retourne dans les urnes (…)

Mais cela ne suffit pas.

Que la cloche de la liberté sonne du haut du mont Manengouba de Nkongsamba!
Que la cloche de la liberté sonne du haut des monts Mandara !
Que la cloche de la liberté sonne du haut de chaque colline et de chaque butte du Fako ! Du flanc de chaque montagne, que sonne la cloche de la liberté !

Quand nous permettrons à la cloche de la liberté de sonner dans chaque village, dans chaque hameau, dans chaque ville et dans chaque Région, nous pourrons fêter le jour où tous les enfants du Cameroun, les gens du système en place et les opposants, les autochtones et les allogènes, les croyants et les viveurs, pourront se donner la main et chanter les paroles du vieux Negro Spiritual : “ Enfin libres, enfin libres, grâce en soit rendue au Dieu tout puissant, nous sommes enfin libres!

Thierry Minko’o