On n’a pas échappé ces derniers jours à la polémique autour du livre «L’Excellence en science» qualifié de pornographique car comportant des définitions explicites et donc déplacées pour les élèves de cinquième. Occasion pour les parents ultra éveillés que nous sommes de montrer au créneau avec un bandeau sanglant sur la tête comme Rambo, mitraillant des posts héroïques sur les réseaux sociaux pour exiger le retrait de l’infâme bouquin. Ô rage ! ô misère ! sauvons l’avenir du pays suspendu à ce chapitre démoniaque ! Trêve d’hypocrisie : cette polémique bon marché nous éclaire d’un jour peu glorieux en tant que parents 2.0.

Quand on était petits, nos vieux ont veillé à nous transmettre des valeurs enrobées d’une fine couche de mystification. Ils vantaient leurs études, où ils furent toujours premiers de la classe (du coup on n’a jamais su lequel de nos pères porta le bonnet de cancre).  On s’est débrouillé avec ces mythes, sans compter le père Noël… Or depuis la rentrée, je me demande quels parents nous sommes devenus à notre tour. Certainement pas des premiers de la classe (sinon il faudrait  m’expliquer pour Nyangono du Sud), encore moins les gardiens des mythes que la génération précédente a soigneusement poncés pour la paix des ménages. Basta ! Nous sommes des parents swags : nous dansons «Tuer pour tuer» aux anniversaires de nos gosses, nous regardons en leur compagnie les scènes érotiques de «Game of Thrones»; nous laissons traîner la vidéo de Sosthène-Fouda-sans-banlon sur nos smartphones.

Nous sommes des parents ouverts, et nous avons juré que nos enfants ne seront pas des analphabètes informatiques. Tant pis s’ils tapent «cunnilingus» sur google. Et comme nous sommes occupés à trouver de quoi construire un duplex sous peine de rater notre vie, nous n’avons pas fait attention à ce qu’il y avait dans les livres. Il a fallu que les batailles d’éditeurs se crispent pour que l’inquisition commence, sans doute organisée par ceux qui ont loupé le magot du livre unique par matière. Résultat : on se réveille quatre ans après pour tomber à bras raccourcis sur les scories (certes inacceptables) du livre «L’Excellence en science» des classes de 5e ; on s’émeut à grands cris du caractère «pornographique» des passages querellés.

Mais que ce livre soit finalement retiré ou pas, nous sommes la génération de parents qui a validé la qualification pornographique de la chanson «Coller la petite» avant de l’ériger au statut d’œuvre camerounaise la plus regardée de tous les temps sur YouTube. Quant à la 5e avec ses livres prétendument obscènes, il y a longtemps que nous faisons sauter cette classe à nos enfants de plus en plus précoces, et donc de plus en  plus capables de relativiser cette horreur que nous dénonçons pour nous donner bonne conscience.

 

Thierry Minko’o