Ça y est, nous sommes officiellement en campagne. J’ai vu des marées humaines assister à des meetings, des foules denses et dansantes escorter des caravanes dans l’arrière-pays, là où souvent il ne se passe pas grand-chose. Par une étonnante photosynthèse, la crispation sécuritaire qui avait étreint les derniers jours de la précampagne a fait place à une soif, à une gourmandise jetant des citoyens par centaines et par milliers sur les sentiers d’une parenthèse politique fleurie de slogans et d’affiches.

Oui je sais : la menace obscurantiste plane toujours sur l’Extrême-nord. Oui, les Régions du Nord-ouest et du Sud-ouest exhalent encore ce parfum de violence qui paraît-il s’est insinué dans nos métropoles en attendant… Oui la vie est rude, mais j’ai vu les effluves de campagne électorale occasionner des rassemblements comme autant de feux d’artifice républicains; du genre qu’on désespérait de revoir dans ce Cameroun que d’aucuns disent ankylosé dans une démocratie finalement plus piégée qu’apaisée.

On se résignait à des consultations jouées d’avance ! Mais c’était sans compter sur cette poussée de gourmandise politique qui semble avoir saisi les jeunes et les classes populaires (en espérant que tout ça corresponde à des inscriptions sur les listes). Tout ou presque est bon à dévorer : les stratégies, les états-majors, le mercato des journalistes autour des candidats, les petites phrases et bien sûr l’avenir du pays. Qui plus est : les réseaux sociaux jouent leur rôle de caisse de résonance et d’équaliseur des prétentions. Et si cette fois c’était une «vraie» campagne avec de «vrais» personnages?

Quoi qu’il en soit, j’ai tout de même vu des gens s’aligner pour de bons vieux Tshirts-pagnespains-sardines à la fin de meetings, signe que la politique reste une affaire qui vous ouvre l’appétit. Et puis, quand j’ai vu mobiliser des sommes considérables consacrées à la campagne, je me suis rappelé ces boss qui m’ont répété tout au long de l’année : «Petit frère, l’argent est rare dehors !»

Cette campagne, si elle prend d’heureux airs de fête jusqu’ici, a débarqué avec quelques pouvoirs dont celui de faire apparaître des sous rarissimes, celui de rappeler que malgré tout, une tête de maquereau frit peut condenser efficacement un discours, lorsqu’on est resté longtemps sous le soleil. Faut comprendre : on n’est pas des cyborgs. On a beau être gourmand de changement, une campagne électorale se digère plus rapidement avec un jus bien glacé. Et d’ailleurs comment s’assurer de remplir le panier de la ménagère sans signe avant-coureur, c’est-à-dire garnir le plat du militant ? En tout cas, je vous ai dit ce que j’ai vu. Que celui qui n’est pas d’accord me jette la première bière ! Nous sommes en campagne…

Thierry Minko’o