Jacqueline Ngo Mpii, la trentaine fière, est devenue en quatre années un point d’info sur l’Afrique à Paris. Créatrice de la plateforme Little Africa qui offre une autre vision du tourisme parisien en y valorisant la culture noire et africaine. Elle s’est confiée à notre guest editor.

 

Comment a commencé l’aventure Little Africa ?

Je vis en France où je suis venue rejoindre ma mère et mes soeurs en 1998. Je suis entrepreneur dans le secteur de la culture et des arts. J’ai fondé Little Africa fin 2014. C’est un parcours de vie initiatique, le mien et celui de toute une génération. L’élément déclencheur, je pense, remonte à mon séjour d’un an au Mexique où je découvre pour la première fois, à 22 ans, l’existence d’afro-descendants en Amérique latine, sans compter les Caraïbes où j’ai eu aussi l’occasion de voyager à Puerto Rico.

Vous avez suivi l’appel des racines…

Au Mexique, on recense près d’un million d’afro-descendants, ça fait beaucoup. Les influences africaines dans ces régions, se rencontrent sur les visages, la musique, la gastronomie, l’art. Je me suis sentie chez moi.  C’est de retour en France que je me suis penchée un peu plus sur l’histoire de la Traite transatlantique qui a déclenché de très importants flux migratoires dans le monde. À New-York, Londres ou Bruxelles, les afro-descendants sont nombreux à peupler ces villes et la culture africaine y est à portée de tous.

Pour ce qui est du choix du nom, il est directement inspiré des États-Unis où, dans les grandes villes, les quartiers populaires et d’influence étrangère sont labélisés en vrai produits marketing qu’on met en avant dans les guides touristiques : Little Italy, Little Senegal, Chinatown.

Ce Guide, depuis deux années environ, les touristes à destination de Paris se l’arrachent.  

Le City Guide de l’Afrique à Paris a été une aventure folle survenue assez brutalement, j’ai été prise de court par l’engouement autour depuis son lancement – et jusqu’à aujourd’hui d’ailleurs.

Il faut dire que c’est le premier écrit par un afro-descendant. Certes, je n’ai pas inventé le concept, d’autres guides ont été écrits avant celui-ci il y a plus de dix ans ; mais il est différent, parce que ludique, esthétique et romancé. Et surtout, il fait découvrir des univers et les connectent ensemble de manière unique, parce que derrière l’écrivain, il y a une guide touristique qui pose son regard un peu partout dans Paris. C’est un livre qui s’adresse à tous, Africains et non Africains, basés à Paris ou pas. Il crée un pont entre des continents.

Ce projet a été financé par une campagne de financement participative, pourquoi ce choix ?

Aucune maison d’édition n’a voulu nous publier. «Déjà vu, ça ne va pas marcher». Je ne voulais tellement pas me lancer dans l’autoédition, j’ai traîné les pattes alors que mon équipe m’incitait en disant «faisons-le nous-mêmes». J’ai fini par céder : on a atteint et dépassé notre objectif de 15000€, ce qui nous a permis de produire ce premier volet.

Quel regard portez-vous sur les industries créatives en Afrique ? 

Je trouve qu’elles sont en pleine évolution et qu’on en découvre de jour en jour grâce à Internet. Elles représentent un vaste potentiel économique et social qui peut contribuer à réduire le chômage des jeunes en Afrique. Mais comme souvent, elles sont le fait d’initiatives privées qui tendent à se développer plus difficilement dans un contexte où il n’y a pas de réelle politique culturelle.

Au Cameroun, une entreprise comme Kiroo’games, premier studio de création de jeux vidéos en est un exemple. Je suis très admirative du jeune Madiba qui a porté ce rêve africain depuis plus de dix ans.

Et le Cameroun ?

Le Cameroun, j’arrive  J’ai un projet personnel de formation de guides touristiques, que je ne cesse de reporter, mais j’y viendrai bientôt…

Quelles sont les personnes qui vous ont inspirée à croire en vous et en votre potentiel ? 

Mes aïeux. Il y a 5 ans, j’ai redécouvert l’histoire de ma famille. En me plongeant dans ma généalogie, je me suis aperçue que j’ai eu essentiellement des grands-parents entrepreneurs qui ont bâti de petits empires à leur niveau mais qui, hélas, n’ont pas survécu avec leurs progénitures. Leurs parcours et leurs aspirations sont mes inspirations. Sinon au quotidien, j’ai mes amis et mon compagnon.

 

Propos recueillis par Diane Audrey Ngako

A lire intégralement dans ICI Cameroun N°89