Avenir Ava est tombé l’autre jour, les armes à la main de présumés agresseurs qui ont visé la tête à deux reprises. Incroyable! me suis-je écrié dès que j’ai appris l’admission du chanteur aux urgences. Depuis quand flingue-t-on les croque-notes au pays de Manu Dibango ? On m’a répondu que le défunt avait dû se faire des ennemis autrement que sur scène, et qu’il valait mieux attendre les conclusions de l’enquête. Tu parles ! Les conclusions de l’enquête, la belle pirouette.

Il y a des jours comme ça où on se laisserait presque tenter par Valsero et son refrain «Ce pays tue les jeunes». Ou encore One Love et son «Ekié ah Cameroun, quelle image !» Petit Pays lui-même aurait soupiré : «Ça ne va pas, ça ne va pas». Imaginez un peu le tableau si on continue sur cette voie. Il suffirait qu’un artiste un peu grossier sur les bords agace un maniaque de la religion, que celui-ci se croirait investi du droit sacré d’aller le mitrailler en plein concert au Palais des sports ! Non mais ! On est où là !

Est-il possible que le cycle de violence programmé pour l’élection présidentielle se recycle de manière insidieuse à l’encontre de ceux qui justement sont doués pour adoucir les mœurs ? Les artistes sont-ils « les moins chers » des gens en ces temps où chacun veut se désigner un bouc émissaire devant expier ses bouffées de haine?  De toute façon la famille d’Avenir Ava n’a aucune envie de creuser ce genre de débat. Son cauchemar actuellement est d’organiser les obsèques dans une horreur aussi subite qu’injuste, sous un torrent d’hommages émis par des gens qui n’auraient pas acheté un CD original de l’intéressé !

La mode est décidément à la maltraitance des ingénieurs du divertissement. Je pense à la brigade anti-sardinards, ces groupes de pression créés par des membres de la diaspora pour boycotter des artistes musiciens camerounais ayant soutenu d’une manière ou d’une autre la candidature de Paul Biya en octobre dernier. L’affaire fait grand bruit sur les réseaux sociaux alors que des enfants meurent de faim à l’Extrême-nord, au Nord-ouest et au Sud-ouest. Tant pis : la galère sous les balles c’est pas sexy ; on préfère gloser sur les excuses faussement larmoyantes de Coco Argentée ou les états d’âme tâtonnants de K Tino. A se demander si le Cameroun-du-web ne flirte pas avec la maboulité, franchement !

Tout est bon à prendre en ce moment pour casser du sucre sur le dos de nos artistes, quels qu’ils soient. On tire sur Avenir Ava qui avait l’air de ne gêner personne ni pendant la campagne ni sur les réseaux. On blackliste des chanteurs pour avoir couru le cachet dans une période favorable aux «pointages» comme ils disent. Et on foule au pied ceux qui jusqu’ici avaient rang d’icône, comme Richard Bona qui depuis quelque temps se fait tailler en pièces sur la Toile pour cause de postures politiques clivantes. Pour vous dire, à le voir répondre tous les jours aux provocations bon marché des internautes cachés derrière leur pseudo, moi je crains même déjà que si Bona croise ces gens dans la rue, ceux-ci en viennent à jouer les tontons flingueurs eux aussi.

Bon ! Maintenant, je suis curieux de voir la réaction collective du corps des musiciens camerounais à la suite de tout ce rififi, d’autant plus que nous entrons dans la séquence des fêtes de fin d’année, où d’ordinaire les artistes ont droit à pas mal d’égards. On ne perd rien pour attendre…

 

Thierry Minko’o