Chantal Mveh a été nommée directeur du Centre national de développement de l’informatique (CENADI) le 18 septembre dernier. Un défi exaltant pour l’enseignante de Génie Informatique à Polytechnique Yaoundé, Coach Manager PNL – Certifiée Expert 1 & 2, précédemment chef de la Division informatique au MINEPAT. Portrait d’une femme brillante dans un milieu d’hommes.

 

Ce n’est pas seulement parce que l’artiste Koppo est venu la féliciter chaleureusement le 25 septembre dernier, jour de son installation, que Chantal Marguerite Mveh parle en souriant de la redynamisation du Centre national de développement de l’informatique (CENADI). En réalité, elle a été nommée exactement pour ça. «Le CENADI est à la croisée des chemins, décrit-elle. Il y a un potentiel et des compétences qui ne demandent qu’à s’exprimer. Il y a également beaucoup de défis à relever en fonction des missions qui nous sont assignées».

L’ancienne «Petite Fée du Sigipes», comme elle fut désignée par ICI Les Gens du Cameroun en mars 2006, a su inspirer confiance en haut lieu par ses qualités. Grande capacité d’écoute et  de hiérarchisation des besoins, rigueur et aptitude à travailler sous pression et en équipe.

La pression ? Ce n’est pas ce qui manque au CENADI. En installant les nouveaux responsables des Finances camerounaises au Palais des Congrès ce jour-là, le Ministre Louis-Paul Motaze a requis autant d’efficacité, que de loyauté et de compétence, tout en demandant que les conditions de travail des personnels soient améliorées. Des recommandations qui trouvent un écho particulier dans les couloirs du CENADI où l’inertie le disputait à la démobilisation et aux petits trafics. «J’ai trouvé que certains ne venaient plus au bureau, raconte la directrice en évoquant son arrivée. Ils ne se sentaient plus impliqués ni motivés».

CENADI : 30 ANS DE MUTATIONS

Pourtant, le CENADI a trente ans, âge où bien des structures organisent un anniversaire de prestige. En effet, un décret du 12 août 1988 portait création et organisation du Centre National de Développement de l’Informatique, placé sous tutelle du Ministère de l’Enseignement supérieur de l’Informatique et de la Recherche Scientifique de l’époque.  En mai 1993, un nouveau décret modifiait certaines dispositions de 1988 et plaçait la structure sous la tutelle du Ministère des Finances. Sa mission : la mise en œuvre de la politique du gouvernement dans le domaine de l’informatique et de la téléinformatique, ainsi que le développement des méthodes informatiques, téléinformatiques dans tous les secteurs de la vie nationale. Il s’agissait en outre de veiller au secret, à la confidentialité et à l’intégrité des données et des informations. Vaste programme !

En décembre 2011, le CENADI a été maintenu dans l’organisation gouvernementale et rattaché au Ministère des Finances par décret portant organisation du Gouvernement. Le problème, c’est que l’informatique avait commencé à muter beaucoup trop vite pour les pays africains, et le CENADI n’a pas été épargné. La structure, ne pouvant se réinventer, est tombée en quasi-désuétude et ses dotations ont fondu comme neige au soleil. D’où l’urgence d’envoyer un électrochoc au patient CENADI parvenu au seuil de l’état comateux.

RUPTURE AVEC LES VIEILLES HABITUDES

Et comme pour bien marquer la rupture avec les vieilles habitudes, c’est une femme qui a été choisie. «Quand on met une femme à la tête d’une structure, observe Chantal Mveh, on se dit qu’elle est généralement plus stricte sur des détails et déterminée à relever les défis ayant trait aux questions de Genre».

Depuis 2009, la native de Zoétélé était en poste comme chef de la Division informatique du Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT). Un cadre témoigne : «Quand elle est arrivée, on était sûrs qu’elle allait balayer les fidèles de l’ancien chef. Mais ce n’était pas son problème. Elle a mis tout le monde au travail et c’est tout ce qui l’intéressait. On a découvert qu’on pouvait même avoir davantage de petits bonus en suivant son rythme ; elle s’assurait que personne ne soit frustré. On a senti bouger la Division informatique». Selon toute vraisemblance, Louis-Paul Motaze qui l’a vue à l’œuvre lors de ses passages à la tête de ce département ministériel, a su qu’il tenait là une spécialiste des missions commando. Il est vrai qu’elle est l’épouse du Lieutenant-Colonel Alex Mveh !

PASSIONNÉE D’ENSEIGNEMENT

L’ancienne élève de série C au Collège Vogt de Yaoundé est passée par une Maîtrise d’Informatique à l’Université Paris IX – Dauphine portant sur les Méthodes Informatiques Appliquées à la Gestion des Entreprises. C’était avant d’obtenir une Mention Bien en DESU (Troisième cycle) à l’Université Paris VI – Pierre et Marie Curie, et un DEA à l’Université Paris VII Denis Diderot sur le thème «Nouvelles Technologies de l’Information appliquées à la formation et à la communication».

Depuis mars 1998, la fille de Samuel Ebo enseigne également le Génie Informatique à l’École Nationale Supérieure Polytechnique (ENSP) de Yaoundé. Coach Manager PNL – Certifiée Expert 1 & 2, Chantal Mveh a assisté aux premières heures du Système Informatique de Gestion Intégrée des Personnels de l’État et de la Solde (SIGIPES) pendant les trois ans et demi passés au Ministère de la Fonction publique et de la Réforme administrative. Ces jours-ci, elle compte boucler des travaux ayant pour thème : Logique floue et mesure de concepts sociaux – Application à la Mesure de la pauvreté monétaire au Cameroun.

Quand on lui demande par quoi elle va commencer pour redynamiser le CENADI, celle qui est aussi ancienne d’Église Presbytérienne Camerounaise, répond en se méfiant des effets d’annonce : «Nous sommes encore dans la prise de contact. J’ai pas mal d’idées mais je préfère généralement parler de ce qui est déjà réalisé».

Au MINEPAT, ses anciens collaborateurs nous ont confié qu’elle avait procédé de la même manière. Elle avait pris tout son temps pour observer, sans révéler ce qu’elle allait faire. Puis, la machine fut lancée. On connaît la suite.

 

Thierry Minko’o – Photo KCM