Joseph Antoine Bell l’ancien gardien de buts des Lions Indomptables s’est porté candidat le dimanche 25 novembre dernier pour diriger la Fédération camerounaise de football (Fecafoot). Son projet en 11 points a été présenté face à la presse ; ce dernier contient entre autres un engagement à porter le nombre de licenciés de son pays de 24.000 en 2018 à 100.000 à la fin de son quinquennat, ou encore à apporter «une attention majuscule pour le football féminin».

«Une vie sportive et professionnelle réussie; Un engagement social au service de la patrie », «JAB : retour au foot, notre case commune» ou encore «Refonder, fédérer, moderniser. Rebâtir la FECAFOOT». Tels sont les axes de campagne de celui que les amoureux du foot ont surnommé Jojo, même si l’intéressé a souvent ressenti comme un refus des instances du ballon rond camerounais à se convertir à sa vision des choses, au cas où il prenait les rênes de la Fédération.

Alors qu’il se présente pour la troisième fois, Joseph Antoine Bell aura peut-être dans un coin de sa tête cet échange qu’il eut avec le journaliste Stéphane Tchakam pour  ICI, et dans lequel il évoquait ses «souffrances» dans le milieu… C’était après parution de l’ouvrage «Vu de ma cage», aux éditions du Schabel.

 

VU DE MA CAGE… Pour régler des comptes ?

« En lisant le livre, vous voyez bien que je ne règle aucun compte. Je raconte les choses comme elles se sont passées. Sans haine, sans charger, sans utiliser la brosse à reluire. Mais en disant simplement ce qui s’est passé. Vous voyez que, souvent à travers les pages, il y a des gens qui reviennent. Le jour où elles ont fait quelque chose de positif, je l’écris. Le jour où elles ont fait une chose qui peut apparaître négative, je l’écris aussi. Sans que ce soit ni de la complaisance, ni de la haine. Juste les faits. Le livre ne règle pas des comptes et n’est même pas destiné à apporter ma part de vérité puisque si c’était le cas, je ne dirais les choses que de mon point de vue. Non. Je relate des faits tels qu’ils se sont passés, en citant les témoins, donc en permettant à tout le monde de pouvoir demander à tous ceux qui sont cités d’en savoir davantage. Je ne juge personne. Je ne parle de personne, avec le recul d’aujourd’hui ».

 

ACHARNEMENT ?

« Ceux qui croient en Dieu diraient Dieu. Ceux qui ne croient pas en Dieu diraient la nature. La nature est si bien faite que les oiseaux du ciel ont à manger. Si vous connaissez ce principe-là, vous trouverez toujours les ressources pour affronter les problèmes. Vous finissez par avoir la sérénité qui permet de savoir que vous avez en vous les ressources pour faire face. À un joueur de l’équipe qui, en 1990, me demandait pourquoi il y avait autant d’acharnement contre moi, j’ai dit : pour qu’il n’y ait pas d’acharnement, il me suffirait de me comporter autrement. Mais si je ne me comporte pas autrement, ça veut dire que je suis prêt à supporter et que je comprends l’acharnement de ceux qui sont différents. En 1990, les Camerounais et les Africains ont dit que le Cameroun avait fait une mauvaise Coupe d’Afrique des nations en Algérie et une bonne Coupe du monde en Italie. Si le Cameroun est passé à la trappe en Algérie, c’est qu’il y avait de sérieux problèmes qui n’avaient pas été résolus. À la Coupe du monde, on s’est battus pour que la même chose ne se reproduise pas. Un jeune joueur que je ne connaissais pas m’avait alors dit que ça n’avait pas marché en Algérie parce que l’on avait les mêmes problèmes. Seulement, ceux qui étaient censés les résoudre ne sont pas allés au bout et on pense que les dirigeants les avaient mis dans leur poche. Et on ne peut pas dire aujourd’hui que tout cela est fini. J’ai un principe qui me fait avancer, c’est que je suis sûr que le malade a plus besoin du médecin que l’inverse.  Le médecin, par vocation, a très envie de soigner le malade. Mais si le malade ne veut pas de lui, le médecin n’en mourra quand même pas. Il sera affecté de les voir souffrir ou mourir. Il souffrira un peu de ne pas pouvoir aider, mais il vivra et vivra mieux que ces malades. Je pense que si on n’a pas besoin de moi et que l’on me manifeste de l’ostracisme jusqu’à ce point, j’ai prouvé que je peux vivre en marge de cela ».

 

LE FAIRE ARRÊTER APRÈS ITALIE 1990 ?

« Vous n’exagérez pas. Il y avait de la haine mais la haine est surtout la conséquence de l’ignorance, il ne faut pas l’oublier. Or, quand vous le savez, vous vous méfierez de ceux qui vous haïssent mais vous n’allez pas forcément les haïr. Vous savez ce qui leur arrive. Qui peut le plus peut le moins, dit-on. Si vous avez la chance d’être sur un autre plan, ça veut dire que vous pouvez descendre à leur niveau pour comprendre ce qui les anime. Quand des gens vont dire au ministre Ibrahim Mbombo Njoya que je peux «vendre le match» contre la Côte d’Ivoire, c’est parce qu’ils en sont, eux, capables. C’est ce qu’il faut comprendre. Ça ne doit pas vous affecter. C’est leur niveau. C’est ce qu’ils pourraient faire et c’est ce qu’ils font tous les jours par leurs actes même si on ne parle pas de «vendre» le Cameroun. Ces gens-là vendent le Cameroun régulièrement, c’est-à-dire qu’ils ne mettent pas les intérêts du pays en avant. Ils pensent servir leurs intérêts parce qu’ils se servent mais en réalité, ils desservent le Cameroun et, fatalement, un jour ou l’autre, se desservent eux-mêmes. C’est pareil en 1990 lorsque l’on veut m’empêcher de revenir au Cameroun après la Coupe du monde. Je comprends que finalement, c’est très cohérent. On veut m’empêcher de revenir au Cameroun pour m’empêcher de dire le contraire de ce qu’ils ont dit. Je les comprends ».

 

DÉTENTION A NEW BELL

« La première réaction, c’est de penser à vous suicider, quand on vous prive de l’école, qu’on vous emmène en prison et que vous êtes convaincu que c’est injuste. Mais rapidement, grâce à ce que vous apportez dans la vie, vous vous rendez compte que votre suicide n’est pas la solution au problème. Votre suicide va apporter plus de chagrin à vos parents et aux quelques personnes qui vous apprécient. Là, vous vous demandez rapidement : qu’est-ce que je fais ? Vous avez la chance d’avoir vos parents qui viennent vous voir et vous montrent qu’à leurs yeux vous êtes important, même là-bas. Et donc, vous décidez d’ouvrir grand les yeux pour essayer de comprendre. Et c’est vrai que là-bas, j’ai ouvert les yeux pour dire que ça devait me servir plutôt que me desservir ».

 

COMMENT RÉSISTER

« C’est quelque chose de central. Ce n’est pas anodin. D’abord, il faut expliquer comment vous passez du plus jeune de la classe au plus vieux de la classe. Puis surtout, je vais vous dire une chose. Je suis sûr que la plupart des gens ne font pas toujours d’analyses correctes. Quand vous me demandez comment je fais pour résister à la haine, personne n’a jamais essayé de comprendre. Quand je suis sorti de prison, à l’époque, pour retourner au lycée, il y avait un autre jeune, plus âgé que moi, un garçon de Bali, que je connaissais avant la prison et qui m’avait vu en tenue du lycée et qui s’est exclamé : «Tiens ! Tu es reparti à l’école ?» Pour lui, la prison aurait dû me casser. Comment tu as le courage de repartir à l’école ? Est-ce que tu vas encore y comprendre quelque chose ? Tout cela pour dire que personne ne s’est jamais posé la question ou n’a jamais mesuré la dose de force morale qu’il faut pour partir de plus jeune de la classe pour désormais être parmi les plus âgés (…) »

 

JOSEPH ANTOINE BELL LE MAL-AIME  ?

« Quand vous voyez ce qui m’arrive, je ne peux pas souscrire à l’idée d’avoir été mal aimé. On a tout fait pour détourner les gens de moi mais le temps a fini par avoir raison de mes détracteurs. Et je ne peux pas oublier qu’à mon jubilé, on a refusé du monde. Tous ces gens-là avaient payé leur place pour un match qui ne comptait pas pour un quelconque championnat. Ces gens se sont bousculés pour venir d’eux-mêmes. De la même manière, la dédicace de mon livre, sur invitation, a pris l’allure que vous avez vue. Donc, je ne suis pas dupe, je ne suis pas le mal aimé du Cameroun. Je suis le mal aimé de quelques hommes du pouvoir qui jouent un mauvais rôle ou un mauvais jeu, mais contre leur propre pays. Moi, le peuple, lui, me témoigne son affection tous les jours ».

 

Propos recueillis par Stéphane Tchakam – Photo : Jean Pierre Kepseu / ICI Cameroun