En cette année 2018, l’humoriste continue de crever l’écran alors qu’il lance la deuxième édition du «Mois du Stand Up».  On y retrouve notamment ce qu’il a baptisé l’Académie du Stand Up, soit une série de formations d’humoristes, commencée le 20 novembre dernier. Mais qui est vraiment ce jeune homme marrant qui est en train de changer le visage de l’humour camerounais aux côtés de Moustik Le Karismatik et Major Asse ? Voici le portrait que votre magazine a dressé de l’artiste il y a quelques années.

 

LA GALÈRE L’A PORTE SOUS LES HONNEURS

Lorsque le jeune Valery Michel Narcisse Ndongo Ndongo décide d’arrêter ses études alors en classe de troisième seulement, pour suivre son rêve de devenir un grand acteur, il est délaissé et seul face à son destin. Il va s’inscrire au Centre théâtral de Yaoundé où il passe un court séjour suite à une grosse dispute avec le directeur de la structure. Mais ce n’est pas la fin pour le garçon décidé à réussir : «Je voulais faire ce que j’aime pour ne pas devenir aigri comme certains, parce qu’ils exercent un métier qu’ils n’ont jamais souhaité, ils se comportent alors de façon amère. Je ne dirai pas que j’ai eu la chance de faire ce dont j’ai toujours eu envie, parce que je ne crois pas à la chance, je dirai plutôt que c’est la persévérance et le travail qui m’ont amené où je suis aujourd’hui

Le regretté Essindi Mindja, alors membre du jury d’un one man show, le découvre et l’adopte immédiatement après leur rencontre en 1998. Pendant une séance de travail avec lui, il se découvre un don et un certain goût pour l’humour. L’apprenti humoriste se joint à Essindi, qu’il considère comme mentor, père et frère de l’art théâtral, grâce à qui il fait sa première montée sur scène en mars 2000, suivie d’une tournée nationale l’année d’après, en interprétant un texte de Richard Keuko intitulé L’argent de ma fille.

Boulimique de travail, Valery Ndongo trouve le temps de jouer dans des projets télé. Promoteur d’Africa stand up avec son collègue et ami Major Assé, il donne désormais la chance aux nouveaux talents en les invitant dans des soirées spectacles appelées Stand up night show dont les premières parties sont souvent consacrées aux amateurs et les secondes aux professionnels du théâtre. Valery, dans son souci de partager son savoir, organise des ateliers et des spectacles pour encadrer des jeunes artistes et former des futurs stand-uppers du pays.

KINSHASA, PREMIER TREMPLIN

Valery Ndongo rappelle qu’il est devenu humoriste à temps plein au café littéraire «la Ronde des poètes», aux cotés du réalisateur Jean Claude Awono, qui lui faisait adapter des poèmes en divertissement. Son travail et ses efforts sont alors très appréciés de son maître Essindi Mindja, qui avait tenu à lui donner le conseil d’un vieux sage : «Mon petit ! Si tu veux te lancer et même réussir dans ce métier, essaie de ne pas faire ce que les autres ont déjà fait.» Plus qu’un bon élève, notre fou du rire prend conscience et commence alors à écrire et à monter ses propres sketchs, comme L’histoire d’Obegue, une critique astringente de tout ce qui est aliénation culturelle et artistique…

En mai 2003, le jeune Ndongo fait le grand saut et part à Kinshasa, pour participer au Festival international de l’acteur, et en France au Festival de la Madeleine à Montargis, pour la représentation de La guerre du feu, une épopée conçue par Essindji Mindja, qui malheureusement s’éteint avant la fin du séjour français de son filleul. Une triste nouvelle qui a bouleversé la vie de Valery qui avait le sentiment de perdre à la fois un être cher, un père et un repère. Le garçon sera plus choqué encore par le déroulement des obsèques : «Pendant sa maladie, des gens sont venus s’accaparer de l’argent collecté par les artistes et les autorités, et qui devait servir pour l’organisation de ses obsèques ; aucun d’eux n’est venu une seule fois à son chevet, et à sa mort ils ont fondu dans la nature. Un vrai scandale. J’ai tellement à raconter sur sa mort, cela peut faire l’objet d’un film.»

Valery multiplie les voyages pour des stages et spectacles. Ces déplacements à but professionnel lui ont permis de renouer avec ses proches, surpris par l’envol que prenait sa carrière. Mais c’est l’obtention de la bourse internationale des Recréatrales à Ouagadougou en 2008 qui lui ouvre toutes les portes. Là-bas, Valerie Barain, une comédienne française, directrice du Tarmac, impressionnée par son écriture et sa prestation, lui propose une programmation en France au Festival international du théâtre du Benin (Fitheb). Elle avait déjà des projets au Cameroun, où elle s’est déjà rendue une fois en prospection. Grâce à cette homonyme et évidemment à son propre talent, notre humoriste fait la couverture en France du magazine Télérama, après avoir offert un spectacle très apprécié par le public français, qui le réclamait encore.

EN ATTENDANT L’AME-SŒUR

«Je suis un bulu de Kribi», affirme fièrement celui qui a vu le jour à la maternité d’Obala près de Yaoundé. Orphelin de père depuis l’âge de quatre ans, il est encore à la recherche de la vérité sur le corps de son géniteur, un ancien gendarme de la garde rapprochée du président Ahidjo, victime des troubles liés au putsch manqué du 6 avril 1984. Trop jeune pour s’occuper toute seule de son fils, la mère de Valery l’a confié à son grand-père et ensuite à sa tante. Il s’installe plus tard avec son cousin, puis tout seul pour commencer une nouvelle vie sans études et sans la pression des parents.

Valery se souvient que la première fois qu’il s’était résolu à prendre un appartement en location, il avait été déçu. «J’avais gagné cent mille francs CFA, alors je me suis décidé à aller vivre seul. Malheureusement, je n’ai pas pu payer mon loyer pendant trois mois, la bailleresse m’a mis dehors et a confisqué mes affaires…»

Il a su rebondir, avec humour sans doute. À trente-et-un ans, Valery est le père de Crystal, 8 mois, qu’il considère comme sa première sœur. Il n’a pas eu la chance d’en avoir une, lui l’ainé d’une fratrie de cinq garçons. Notre comique qui n’a pas encore frappé à la porte de monsieur le maire affirme sans gêne qu’il demeure «un cœur à prendre» ; à condition toutefois d’avoir une voix plus douce que celle de l’animatrice radio Aly Lorie, qui a l’avantage d’être la mère de Crystal. Avec flegme, il s’explique avec une franchise gravement drôle : «Je n’ai pas encore trouvé la femme de ma vie ; j’ai besoin d’une femme qui puisse me soutenir financièrement, moralement et intellectuellement.» Le portrait de la femme idéale, ce qui est sans doute une nouvelle blague !

 

Texte : Gladys Tsogo – Photos : DR – ICI Cameroun