C’était l’une des « grandes » nouvelles sortie du conseil d’administration de la CRTV de juin 2018. A 54 ans, Joséphine Ndagnou y a été nommée directeur délégué adjoint du pool CRTV Productions. Une maison qu’elle connait bien, pour y avoir travaillé comme réalisatrice pendant une quinzaine d’années. Mais son histoire mérite que l’on s’y attarde depuis un entretien mémorable avec ICI !

Au début des années 80,  l’arrivée de la télévision au Cameroun suscite des passions. Joséphine fait partie des personnes fascinées par cet outil… de distraction comme on e croit encore à l’époque.  Pour évoluer, la chaîne a besoin de techniciens formés et expérimentés.

Avec la plaidoirie d’un de ses oncles, son père comprend qu’il est serait bénéfique d’essayer cette expérience : « Mon père qui était un homme très cultivé a vu les opportunités que cela offrait à l’époque. Pour lui, c’était le métier de l’avenir. Il m’a encouragé et m’a envoyé faire des études de cinéma en France ».

 

FORMATION A PARIS

Joséphine arrive à Paris déboussolée. Après trois ans à l’Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA), elle obtient un diplôme de réalisatrice audiovisuelle. Puis elle entre à la Sorbonne pour compléter sa formation. Cette année-là, la bourse que l’État camerounais lu envoie lui permet d’amortir les dépenses de son père. La réalisatrice en sort nantie d’une licence et une maîtrise dans le domaine.

Le réalisateur Daouda Mouchangou la sollicite pour l’assister à la réalisation du téléfilm L’Etoile du Noudi, inspirée de la nouvelle du Pr. Gervais Mendo Ze, alors Directeur général de la CRTV. Au cours des castings, elle propose comme une blague à Daouda Mouchangou de la prendre pour le rôle principal. Les essais sont concluants. Le succès à la sortie est total.

 

200 000 FCFA DE CACHET !

En l’espace d’un an, elle joue à la fois dans L’étoile du Noudi, Le retraité, Japhet et Jinette. Elle reçoit environ 200.000Fcfa comme cachet pour chaque film, sauf pour le dernier où étant à peine recrutée elle profite des frais de missions accordés à l’équipe de production. « Pour tous les trois téléfilms, j’ai eu moins d’un million de francs».

L’actrice décide de quitter le devant de la scène et de se consacrer uniquement à sa profession de réalisatrice télé. D’ailleurs le poids de la popularité se fait trop sentir dans sa vie quotidienne. Elle a du mal à assumer. « J’en avais marre ! Ma vie était bouleversée ! C’est tout le monde qui me pointait du doigt dans la rue. Je n’étais pas habituée à ça et mon père nous avait appris l’humilité et la modestie. Cette popularité m’a fait peur d’autant plus que je ne l’avais pas choisie. Dans les marchés, c’était horrible ! J’ai fait près de deux ans sans me rendre dans un marché ».

 

AU NOM DE SON PÈRE

«Ce que je regrette le plus aujourd’hui c’est que mon père ne soit plus là pour voir comment je fais mes preuves», avait-elle confié à ICI. Joséphine (ici en photo à droite avec sa mère, son frère et ses sœurs) s’était mise à décrire les sacrifices que son père Étienne Pufong a consentis pour elle. Enseignant de carrière puis maire et député, cet homme public a forgé ses enfants dans la plus grande discrétion. Pas étonnant alors que sa fille soit allergique à sa propre publicité. A l’Esra, sa pension est évaluée à 3 millions de Fcfa par an. Son père s’en occupe. Bien qu’elle essaye d’alléger le poids de ces dépenses en faisant de petits jobs. Elle reste très reconnaissante. C’est à lui qu’elle a dédié son film. Après l’écriture du scénario, Joséphine est allée se recueillir sur sa tombe, pour lui demander la force de continuer.

 

Texte : Djeny Ngound – Photo : Jean-Pierre Kepseu –  ICI Cameroun