Alain Foka le journaliste-producteur du magazine radiophonique et coffrets Archives d’Afrique diffusé sur Radio France Internationale (RFI), est engagé depuis 1993 à restaurer l’histoire de l’Afrique contemporaine à travers ses grands hommes. Portrait mémoriel.

 

Beaucoup ne l’imaginaient pas africain. Pour  de nombreux auditeurs de Rfi, comme pour  plusieurs chefs d’État africains francophones, fidèles de ce programme, le nom de Foka a un lien direct avec Jacques Foccart l’ancien patron de la cellule africaine de l’Élysée. Surtout que le timbre vocal  très frenchy de ce journaliste  distillé sur les ondes de cette radio française  ne laissait déceler aucun indice à l’identification de ses origines.

Pourtant, Alain Foka est bel et bien africain. De surcroît, un Camerounais de pure souche. Certains, à l’instar du regretté président togolais Gnassingbé Eyadema,  le découvriront avec stupéfaction  à l’occasion de l’enregistrement d’une émission en son palais à Lomé. Quant aux auditeurs, ils colleront un visage à cette voix, lors des décrochages que la « radio mondiale » organise souvent dans les grandes métropoles  africaines. Ce vaillant fils d’Afrique,  a su,  par sa bonne diction et son talent, respecter les canons du métier  appris dans les différentes écoles de journalisme dans lesquelles il est passé  et  s’arrimer au standard international exigé.

Mister Foka, depuis lors, prête  sa voix pour faire revivre l’histoire contemporaine de l’Afrique. Son souci : participer à l’écriture de cette partie du passé de notre continent qui a longtemps souffert de la tradition orale. Il s’en est fait l’un des promoteurs à travers sa trouvaille Archives d’Afrique. Un magazine radiophonique  produit depuis plus d’une vingtaine d’années, depuis peu proposé au public en coffrets audio et  tout récemment en vidéo. Il essaie, grâce à ces supports de  « parler de la vraie Afrique ». Loin des caricatures et clichés traditionnels. Question de restaurer, sans complaisance, les vestiges de notre passé.

SON COMBAT CONTRE LES INÉGALITÉS

Car ce fils de policier, né à Douala un 22 juillet 1964, et  qui a eu le bonheur de grandir dans plusieurs villes et quartiers du pays au contact d’inégalités, depuis son bas âge, ne supporte pas l’injustice. Encore plus, quand celles-ci touchent la mémoire d’un continent qui lui est cher. «On dit que nous sommes le berceau de l’humanité mais pendant longtemps, on nous a fait comprendre que l’Afrique n’a pas d’histoire ».  Un état d’esprit  dans lequel s’est forgé ce jeune ressortissant de l’Ouest du pays, et qui influe son comportement au quotidien. Pour la petite histoire, alors qu’il est en classe de première, Alain est viré du Lycée classique de Bafoussam. Ce, pour avoir  brutalisé son proviseur.

Le jeune élève n’a pas digéré  de recevoir une claque  de son chef d’établissement qui avait « arraché » sa petite amie. Un  renvoi, malgré tout, qui n’aura pas une influence majeure sur ses résultats scolaires. Alain est reçu au probatoire avec mention bien. L’année d’après, il obtient son baccalauréat au Collège de l’Unité de Mbouda. Établissement où il choisit lui-même de s’inscrire  après ses déboires, en lieu et place, d’un collège missionnaire  privé pour lequel avaient opté ses parents.

Cet ancien bassiste et chanteur des orchestres de musique scolaires,  qui aurait voulu être artiste, devenu journaliste, sans doute sous pression de la famille où la réussite classique via  les études  est privilégiée à toute autre, s’en sort plutôt bien. Après plusieurs écoles de formation, notamment, Sciences Pô Paris, le  Centre de formation des Journalistes (CFJ) et l’École Supérieure de Réalisation Audiovisuelle (JRI) de la même ville, il intègre les medias français dont Radio France Internationale pour lequel il officie encore aujourd’hui.

Néanmoins, sa formation de journaliste reporter d’images ne l’éloigne pas de sa première passion. Alain Foka est toujours proche des artistes. Et il compte toujours des amis parmi ces grands noms de la musique camerounaise qui sont pour la plupart ses anciens camarades. Quelques uns connus, dans le cadre de son travail, quand il animait des émissions consacrées à la musique. Manu Dibango, Sam Fan Thomas, Sam Mbende, Richard Bona, Gino Siston,…

Il a même produit et réalisé des  clips pour nombreux d’entre eux. André Marie Talla, Petit Pays, Youssou Ndour, pour ne citer que ceux-là. Près de  50 vidéogrammes à son actif. Une complicité que l’intéressé explique par son amour  pour cet art et pour  ceux qui le pratiquent : «J’aime les artistes. Et je trouve qu’on ne fait pas assez pour eux alors que ce sont eux qui nous égaient au quotidien».    Par ailleurs, il ne manque pas à ses heures perdues et quand l’occasion se présente, d’attaquer une chanson lorsqu’il est de passage dans l’un des multiples cabarets de Douala et de Yaoundé.

 

FAMILLE PROTÉGÉE

Ce charmeur né, dont les couleurs des chemises et costumes sont méticuleusement triés, est conscient du danger des projecteurs sur sa petite famille.  Il la protège tant qu’il peut et évite d’en parler en public. Même de son épouse, métisse de nationalité nigérienne, mère de ses quatre enfants. Alain Foka reste très réservé. Sur la question de ce choix quelque peu singulier, le journaliste reporter d’image, est plutôt pesé. « On ne peut pas prôner le panafricanisme et chercher à épouser uniquement les femmes de son pays. Le monde est grand et en même temps tout petit. Il faut éviter de s’enfermer sur les particularismes. C’est tout ça qui amène le tribalisme et les divisions que nous connaissons ». Une adresse, de ce papa poule après boulot,  à  l’endroit également de ses nombreuses sœurs camerounaises, frustrées, qui ont nourri le rêve de partager et d’ameublir sa vie.

Accusé de faire avec RFI dans le contrôle et la manipulation de l’opinion africaine, Alain Foka, n’est pas tendre à l’endroit des pourfendeurs de son employeur. « Je trouve ridicule ces accusations. Je suis à Rfi depuis 20 ans et je n’ai pas l’impression qu’on manipule qui que soit. En ce qui me concerne, toutes mes émissions sont découvertes à l’antenne par mes chefs. Et je n’ai jamais vu quelqu’un venir me dire quoique soit avant leur diffusion ».

Concernant  le paysage audiovisuel camerounais, il reconnait l’existence de  très grands journalistes dans notre pays. Parmi lesquels, André Nguangué, Jean Vincent Tchienehom, Lucien Mamba, Jean Claude Ottou… qui lui ont servi de modèles et  lui donné envie de faire ce métier. Malgré cela, le meilleur journaliste africain de l’année en 1999 et en 2008, selon certaines académies, a plutôt un avis  mitigé. «Le monde du  journalisme est encore au balbutiement au Cameroun. Tout est à faire  chez nous».

A propos, Alain Foka, dans le  cadre des partenariats  entre sa radio et certaines chaînes de radios et télévisions locales, participe au renforcement de quelques jeunes journalistes du pays.

Mais, l’une des raisons principales de la présence  du présentateur d’Archives d’Afrique au Cameroun est la promotion d’un nouveau coffret de son émission et dont la dédicace assez courue  a eu lieu début mars.  Un coffret en  version vidéo sorti  après la version audio mise en vente quelques années auparavant.  Ce nouveau support, comme les précédents, connait un énorme succès. Il est  déjà vendu  à plus de  20 000 exemplaires au Cameroun.

C’est  le premier coffret d’une série dont le deuxième attendu dans les bacs en décembre prochain sera en tournage dès le mois de mai Un instrument pérenne qui a fait découvrir au public le côté homme d’affaires bien assumé de ce journaliste engagé pour les causes africaines.  Avec le même objectif: lancer  les passerelles entre le passé et le présent du continent.

Texte  Félix Epée   – Photos DR – ICI Cameroun