Son absence sur la liste du RDPC lors de l’élection sénatoriale en 2013 avait surpris grand monde, et engendré les moqueries de ses pires pourfendeurs à l’instar de Joseph Confiance Fongang, ancien député et surtout adversaire déclaré de Ngouchinghé Sylvestre dans la localité de Bafoussam.

2018, aura alors été la bonne pour «Congelcam», comme on aime bien l’appeler en référence à sa société d’importations et de revente des produits halieutiques fondée en 1982, qui jouit d’un quasi-monopole sur le marché du poisson au Cameroun, et qui revendique des centaines de milliards de chiffre d’affaires par an.

Et le moins que l’on puisse dire c’est que «Congelcam» aura mis son immense fortune, estimée en 2016 à 280 millions de dollars par le magazine Forbes Afrique, au service de son ascension politique. On se souvient que le 07 mars 2013, dans la perspective de sa candidature aux sénatoriales, il avait versé en espèces à la maison de parti de Bafoussam, la somme de 1,2 millions de francs, en guise de règlement de tous ses arriérés de cotisations au sein du parti dans la catégorie «opérateurs économiques». Contribution qu’il avait considérée comme étant double car il revendiquait l’avoir fait avant, mais disait ne pas retrouver ses reçus. Par ailleurs, il avait également aidé ses colistiers à compléter leurs dossiers et à se mettre en règle des cotisations. Mais tout cela n’avait pas suffi, et «le roi de poisson» avait dû se contenter du lot de consolation de sénateur suppléant nommé.

 

PERSÉVÉRANCE

Cette déconvenue n’aura pas refréné les ardeurs de l’homme. Bien au contraire, lors des différents meetings du RDPC à l’Ouest, Sylvestre Ngouchinghé est coutumier des démonstrations de puissance comme lors du meeting pour la lutte contre Boko Haram en 2016 où il avait cotisé 60 millions de Fcfa. L’on aura d’ailleurs retenu une scène cocasse où il revendiqua que son nom soit ôté de la liste des opérateurs économiques de l’Ouest pour être inséré dans celle des ressortissants de la Mifi. L’enjeu : faire passer son département de l’avant-dernière place à la deuxième en termes de contribution à l’effort de guerre !

«Congelcam» dépense ainsi à tout va, surtout dans sa localité d’origine Bamougoum, les autres villages de la Mifi et la ville de Bafoussam, où il construit salles de classe, puits, ponts, hôpitaux, et porte régulièrement assistance aux populations. Ses derniers faits d’armes sont, en 2017 la rénovation de la maison du parti de Bafoussam pour plus de cent millions de Fcfa ; et en 2018 la construction d’un pavillon qui porte son nom à l’hôpital régional de Bafoussam, pour plus de 300 millions.

En s’appuyant sur son immense fortune, Ngouchinghé Sylvestre veut ainsi imposer son leadership politique dans la capitale régionale de l’Ouest, à l’instar des autres hommes d’affaires comme Kadji Defosso à Bana, feu Sohaing André à Bayagam ou encore Fotso Victor à Bandjoun.

 

LE SOUTIEN DES CHEFS

Mais, l’entrée à la chambre haute du Parlement n’aura pas été un long fleuve tranquille pour lui. Pour cela, il aura d’abord fallu qu’il s’allie bon nombre de chefs traditionnels de la Région de l’Ouest, en commençant par le sultan roi des Bamoun, Ibrahim Mbombo Njoya, qui est surtout le chef de la délégation régionale du comité central du RDPC, et qu’il aura rencontré à plusieurs reprises jusqu’à la dernière minute avant de constituer sa liste. D’ailleurs, pour le lancement de sa campagne à Bafoussam, Ngouchinghé Sylvestre a tenu à recevoir l’onction de tous les chefs traditionnels de premier degré de l’Ouest.

Par la suite, il fallait affronter la liste concurrente menée par Françoise Puené, elle aussi femme d’affaires fortunée et populaire, qui ne fait pas mystère de son ressentiment vis-à-vis de «Congelcam» – avec qui elle a d’ailleurs eu un affrontement ayant viré à une rixe publique entre «gros bras», au sujet d’un terrain situé au quartier Golf à Yaoundé et appartenant à la star du football Rigobert Song Bahanag. Ce n’est donc pas un fait de hasard si l’on retrouvait sur cette liste Joseph Confiance Fongang, l’adversaire historique de Ngouchinghé.

Enfin, la liste conduite par «Congelcam» aura dû endurer un contentieux pré-électoral très délicat du SDF à propos de l’identité de Teingnidetio Joseph, le chef Bamissingué dans les Bamboutos, et qui aura nécessité deux jours de délibérations ; puis un contentieux postélectoral de l’UDC, portant sur les fraudes durant le scrutin. Au bout de l’effort il est devenu sénateur.

 

Texte : Njoya Moussa – Photo JP Kepseu – ICI Cameroun