Jean Marc Bikoko, enseignant d’histoire et géographie devenu un des syndicalistes les plus connus du Cameroun, a déclaré dans le quotidien Mutations en kiosque ce mercredi 12 décembre 2018 que «Nous sommes tous des gilets jaunes».

L’activiste faisait référence au mouvement français dit des « gilets  jaunes » né du mécontentement face à la hausse des taxes sur le prix des carburants. Ce mouvement utilise barrages, blocages, opérations coup de poing depuis le 17 novembre dernier, sur toute l’étendue du territoire français.

Homme atypique, Jean Marc Bikoko rappelle à tout vent que sa principale distraction est l’action syndicale qui le «passionne à la mort.» Pour lui, les Camerounais devraient être égaux en droits et en devoirs. Car, pense-t-il, l’injustice sociale est une bombe à retardement.

En mars 2000, il a été élu au poste de président confédéral de la toute première confédération syndicale des personnels de l’État, la Centrale syndicale du secteur public (Csp), cumulativement avec ses fonctions de secrétaire général du Syndicat national autonome de l’éducation et de la formation (Snaef).

 

ANCIEN DU SNAEF

Depuis 2003 avec l’alternance survenue à la direction du Snaef et son remplacement par Maurice Angelo Phouet Foé, ses énergies sont désormais déployées sur un autre champ de bataille. « Je mène actuellement l’essentiel de mes activités syndicales pour le compte de la Csp. Je suis par ailleurs coordonnateur de la Plate-forme d’information et d’action sur la dette (Pfiad) et représentant à ce titre, de la société civile camerounaise au Comité d’orientation et de suivi  du Contrat de désendettement et de développement (C2D) une initiative française d’allègement de la dette», confie-t-il.

Enseignant d’histoire-géographie, Jean Marc Bikoko est passé par le collège Noa de Mbalmayo, le collège protestant Johnston à Yaoundé, l’Institut Samba et dans de nombreux cours du soir de la capitale. Il entre dans la Fonction publique en 1987 au travers d’un recrutement spécial initié par la présidence de la République. Il est alors affecté au CES d’Akom II (département de l’Océan), au CES d’Akono (Mefou et Akono), puis au CES de Mimboman à Yaoundé.

 

NAISSANCE D’UNE VOCATION

«C’est dans cet établissement qu’au cours de l’année scolaire 1992/1993, mon destin croise le syndicalisme alors que j’étais déjà un militant engagé de l’Upc. Avec le Syndicat national autonome de l’enseignement secondaire (Snaes) ma carrière syndicale commence directement au Bureau national où j’ai été coopté au poste de 2e vice-président. Je me révèle à l’opinion publique à la faveur des mouvements de protestations des enseignants qui ont suivi la baisse drastique des salaires dans la fonction publique en 1993.»

Coordonnateur dudit mouvement à Yaoundé, certains de ses camarades et lui-même vont être frappés par le pouvoir. « J’ai été interpellé et incarcéré, suspendu de la Fonction publique pendant un an, et privé de salaire pendant trois ans pour avoir refusé de rejoindre mon poste au CES de Campo dans l’extrême sud. Suite à des recours à la chambre administrative de la Cour suprême, j’ai plus ou moins été rétabli dans certains de mes droits : réaffectation dans mon établissement d’origine, paiement de mes trois années de salaire», ajoute-t-il.

 

DE MAKAK A YAOUNDÉ

Il faut croire qu’il a appris très tôt à revendiquer ses droits dans la famille polygamique dans laquelle il a vu le jour. « Mon feu père avait deux épouses, la deuxième n’a malheureusement pas fait d’enfants. La situation s’est dégradée avec le décès précoce de notre père en septembre 1968 alors que je n’avais que 10 ans.»

Sa mère Ngo Ngwem Bénédicte épouse Bikoko élèvera sa progéniture en vendant des beignets, de la bouillie et des haricots.  Le parcours scolaire de Jean Marc Bikoko ne sera donc pas facile. École catholique des filles pour la maternelle et école St Joseph à Mvolyé-Yaoundé. Suivent le lycée général Leclerc, le collège privé catholique le Mailloux de Bot Makak, le lycée d’Obala, le lycée technique de Koumasi à Douala, le lycée bilingue d’Essos à Yaoundé et les cours du soir à l’Institut Samba à Mvog-Ada toujours à Yaoundé, où il décroche finalement son baccalauréat A4 Espagnol.

Cap sur l’Université de Yaoundé et sa Faculté des lettres et sciences humaines filière histoire et géographie, où il obtiendra une licence en géographie option économie. Bien plus tard, il s’inscrira à l’Université de Yaoundé I, pour un Dess en sciences de l’environnement.

 

VÉRONIQUE MARIE SA MUSE

Mais Jean Marc Bikoko est aussi un grand romantique, qui a rencontré son épouse Véronique Marie Mbia en 1978, alors qu’ils sont encore des élèves. Lui en classe de première au lycée bilingue d’Essos à Yaoundé, et elle en classe de 4e année. «C’était dans le cadre des activités des jeunes, chorales et autres, au sein de la paroisse Sainte Marie Mère de Dieu d’Émombo. C’est en 1989 que nous sommes mariés, après onze années de fiançailles avec à la clé notre fille aînée, née en 1985», se rappelle-t-il un tantinet nostalgique.

À ce jour Jean Marc a officiellement sept enfants dont cinq filles et deux garçons. Les deux aînées sont étudiantes, la troisième présente l’examen probatoire cette année, la quatrième affronte le Bepc, la cinquième est au cours élémentaire 2e année. «Mes deux autres enfants, c’est-à-dire mes neveux sont des garçons, l’un est footballeur professionnel en Turquie (2e division) et l’autre fait dans la restauration», détaille le syndicaliste aussi à l’aise en chef de clan que dans la peau d’un chef de meute quand il faut secouer le patronat et les autorités sur les questions de justice sociale.

 

Texte : Alemao Anong Agoueyi – Photos : Jean Pierre Kepseu / ICI Cameroun