Ce 14 février est fête des amoureux. Mais pour certains il est le théâtre d’un lynchage en bonne et due forme: celui des couches jetables pour nouveaux-nés. Depuis deux jours, les radios et télés font un raffut terrible pour nous mettre dans le crâne que le ministre du Commerce a interdit de manière provisoire l’importation des couches jetables au Cameroun. J’ai demandé : Pourquoi provisoire ? On m’a répondu : Il est question de voir clair sur la qualité de ces produits…

Voir clair…. Tu parles ! On a vu comment les choses sont devenues claires avec les emballages plastiques non biodégradables. Cinq ans après l’interdiction formelle de la fabrication, de la détention, de la commercialisation de ces produits sur l’ensemble du territoire, les emballages plastiques sont toujours en circulation comme si de rien n’était.

Les Grandes Opportunités, quoi !

L’affaire est cocasse quand on y pense. Le mercredi 23 janvier 2019, un organisme français dénommé Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié un rapport signalant «un dépassement de seuils sanitaires» pour certaines substances chimiques présentes dans les couches-culottes jetables utilisées par 95% des foyers en Hexagone. Ledit rapport précise toutefois qu’il n’existe «aucune donnée épidémiologique permettant de mettre en évidence une association entre des effets sanitaires et le port de couches». En clair: il n’y a pas de preuve que les couches jetables soient néfastes à l’heure où on se parle.
Le 31 janvier, soit une semaine seulement après l’Anses, l’Agence camerounaise de la norme et de qualité (Anor) attirait l’attention du ministre du Commerce au sujet de «couches jetables pour bébé en provenance de France [qui] représentaient un risque pour la santé des bébés». Ni une ni deux, on a répercuté les passages effrayants d’un rapport publié en France pour se retrouver avec une suspension de commercialisation sur le marché camerounais. Un empressement rare sous nos tropiques.

Le communiqué officiel parle d’un maintien de la mesure de suspension de commercialisation « en attendant les résultats d’analyses faites par le Lanacome », notre Laboratoire national de contrôle de qualité de médicaments et d’expertise. En d’autres termes, les couches que les laboratoires pointus de France ont analysé sans recommander le retrait du marché, sont soumises à l’examen d’un organisme camerounais afin de tirer l’affaire au clair ! Pour le coup, nos gars sont plus royalistes que le roi. C’est comme si un malade que l’Hôpital américain de Paris n’a pas réussi à soigner est confié à un dispensaire du quartier Obobogo où bosse ma tante Bernadette. Impossible n’est pas camerounais, mais quand même, c’est Ahidjo qui a goupillé cette formule d’une autre époque !

Pour le moment, la boîte de Pandore est ouverte. Au marché, la vendeuse de couches jetables se fait arracher ses stocks en pleine journée sans garantie de restitution une fois l’alerte levée. La spéculation rôde, promettant de mettre au supplice la quiétude des mamans «modernes» qui croyaient avoir trouvé une esquive peu coûteuse au lavage manuel des couches. D’ailleurs une grand-mère a dit à la télé hier soir que les femmes d’aujourd’hui sont de grosses feignasses parce qu’elles n’utilisent même plus les couches lavables comme à la belle époque.
On a donc réussi à plonger dans une gigantesque confusion les ménages, comme si les temps n’étaient pas assez difficiles. A ce rythme-là, ce ne sont pas des fleurs qu’on offrira à la Saint Valentin l’année prochaine, mais des couches jetables bio. Au point où nous en sommes, même le chroniqueur réservé peut dire n’importe quoi.

Thierry Minko’o