Alors que les obsèques du milliardaire camerounais Jean Samuel Noutchogouin ont eu lieu le samedi 16 février dernier à Mbouo son village natal  dans le groupement Bandjoun, les amis et visiteurs ont de nouveau eu l’occasion de contempler cette éclatante success story financière à la camerounaise, interrompue le 11 janvier   2019 à  l’hôpital américain de Neuilly à Paris où le patient épuisé avait été admis trois jours plus tôt.

Le dernier hommage à Mbouo s’est fait en présence d’une immense foule humaine. Parmi celle-ci un parterre de membres du gouvernement, des autorités  administratives et dignitaires religieux ou traditionnels. Antoinette Zongo, préfet du département du Koung-Khi, a transmis à la famille éprouvée les messages de condoléances du Chef de l’Etat.

Né en 1933 à Bandjoun (région de l’Ouest), Jean Samuel Noutchogouin a été classé en 2017 par le magazine Forbes, parmi les plus grandes fortunes du Cameroun et d’Afrique, avec un portefeuille estimé à plus de 315 millions de dollars soit près de 150 milliards FCFA.

 

L’HOMME DU STEP BY STEP

L’homme avait 86 ans donc. Il avait laissé à la postérité cette phrase tirée de sa biographie intitulée A la mesure de mes pas : «Si j’aime à revisiter mon passé, c’est que j’ai la nette impression d’avoir été comme sur un escalier que je gravissais pas à pas, step by step, à la mesure de mes pas, sans avoir jamais fait de véritables faux pas, sans jamais avoir cédé à la précipitation».

Très discret, il eut pourtant une influence majeure dans le quotidien de ses compatriotes, résumée dans cet autre extrait également passé au statut de morceau choisi dans sa biographie : «Du lever du jour au coucher du soleil, chaque Camerounais utilise un produit ou un service se rapportant à Jean Samuel Noutchogouin. En mangeant un œuf au petit déjeuner et en poursuivant à midi avec du poulet ou du porc, vous consommerez directement ou indirectement des produits de la Société des Provenderies du Cameroun (SPC). S’il n’utilise pas un rasoir Bic, il travaillera sans doute avec un stylo à bille de la même marque. En outre, il conduira certainement un véhicule de marque Toyota, Peugeot, Suzuki, etc. sorti d’un magasin de CFAO».

 

DÉBUTS AVEC TROIS TUBERCULES DE MANIOC

Etait-il classé par le magazine Forbes en 2015 au 5e rang des plus grandes fortunes du Cameroun ? Il rappelait ses débuts avec trois tubercules de manioc. Extrait : «J’en reviens encore et encore aux trois tubercules de manioc de mes douze ans sur le marché de Bafoussam. Peut-être devrais-je dire que j’ai été l’un des plus jeunes chefs d’entreprises – sinon le plus jeune – de ma contrée, avec cette usine à fabriquer les nattes que j’ai installée au village à treize ans. Peut-être ai-je été le plus inventif».

Et de poursuivre : «Vous n’avez pas oublié mon service social, son infirmerie anti chique et sa cantine d’entreprise. Ajoutez-y l’usine de fabrication des étagères, portes et fenêtres en tige de raphia, le petit tailleur ambulant, le fournisseur de ces dames en produits de beauté, le médecin des familles royales».

 

«INSPIRER DES CHERCHEURS»

Cinq mois après la disparition de Joseph Kadji Defosso, autre milliardaire originaire de la même région que lui, Jean Samuel Noutchogouin s’est retiré aussi discrètement qu’il aura vécu, laissant au-delà de la fortune et des héritiers ambitieux une préoccupation quasi-philosophique : «Si ces lignes malhabiles du vieil homme que je suis, peuvent faire la fierté de ma descendance, si elles peuvent inspirer des chercheurs sur une certaine enfance camerounaise de la transition, née à l’entre deux-guerres, à l’aube du modernisme, alors j’aurai atteint mon objectif au-delà de mes espérances».

 

Texte : Jérôme Efoudou – Photo : Jean Pierre Kepseu – ICI Cameroun