Ouf ! Les Lions Indomptables seront à la CAN. On va pouvoir renouer avec cette exquise manie bien kamer qui consiste à parler foot en cachant la poussière sous le tapis. Le retrait de l’organisation de la CAN 2019, les chantiers inachevés, tout ça, il nous suffirait désormais d’enchaîner deux autres matches à 3-0 pour que Dieu Lui-même redevienne camerounais. Alors tant pis pour Seedorf : sa liste des 23 puis ses choix tactiques en terre égyptienne vont peser plus lourd sur la paix des ménages que les injonctions d’un Tibor Nagy (qui n’est pas cousin du Nagui de France 2, j’ai vérifié) ou même l’augmentation sournoise du prix de la bière !

C’est fou comme les aspérités de l’actualité peuvent ballotter la boussole de notre vivre-ensemble. A vrai dire, et pour parler comme les gars de Transparency International, «l’indice de perception» de l’anxiété semblait très élevé quelques jours plus tôt dans une république que nombre de journaux n’auraient pas hésité à dépeindre sous les mêmes traits que la cité biblique de Sodome, là où le mal et l’inertie régnaient partout en maître. En réalité, dans ce Cameroun en noir ou blanc hérité de la dernière campagne électorale, il y a effectivement eu des jours où je me suis demandé s’il fallait seulement s’excuser d’être né là !

Alors question: quelqu’un parmi les déçus du Cameroun aurait-il voulu naître aux Comores ? Creusons l’affaire.  Le chef de l’Etat comorien sortant, Azali Assoumani, à la tête du pays de 1999 à 2006, puis reconduit en 2016, a été réélu dès le premier tour de l’élection présidentielle avec 60,77 % des suffrages, selon des résultats provisoires annoncés mardi 26 mars dernier par la Commission électorale. Tiens tiens tiens ! Son challenger Mahamoudou Ahamada a immédiatement «rejeté les résultats», appelant «la communauté internationale à ne jamais reconnaître la réélection d’Azali». Ça ne vous rappelle rien ?

Bon… Aux Comores, le foot c’est important aussi, pour noyer quelques frustrations. Du coup, le match de samedi dernier, était selon le milieu de terrain comorien Fouad Bachirou «le match le plus important de notre jeune histoire(…) une chance formidable de jouer quelque chose d’immense pour notre nation et notre équipe : une place pour la prochaine CAN. Ce serait historique».  Too bad !

Le match d’une vie pour certains a tourné à la formalité pour d’autres. Mais ça ne s’arrête pas là : nos amis comoriens voulaient tellement disputer cette première CAN qu’ils ont revendiqué la disqualification du Cameroun après le retrait de l’organisation de la compétition, ce qui leur aurait permis de jouer une «finale» du groupe contre le Malawi. Mais l’affaire n’a pas prospéré, et puis le Cameroun est quand même le champion sortant !

On voit donc qu’il n’est pas plus facile d’être comorien que camerounais ces jours-ci. D’ailleurs, si on scrute d’autres nationalités, nous en trouverons qui ne jouent pas la CAN ou ne possèdent pas de stars comme Nyangono du Sud. Le Cameroun c’est le Cameroun, et c’est comme ça.

Thierry Minko’o