Théodore Ondigui Onana dit Othéo a réalisé une performance record au Cameroun en vendant à près de dix millions de francs CFA une toile faite en tissu d’écorce appelé obom. La technique fait désormais des émules et inspire même les pirates. Mais l’ancien dessinateur, photographe, militaire, champion du javelot et musicien peut s’estimer heureux.

C’est  grâce à Empoignades une toile en «obom» représentant une scène d’enlacement de personnages à la recherche de leur voie, vendue à 9,5 millions de francs CFA, que ce rêve a pu se concrétiser. L’obom est un tissu fait à base d’écorce d’un arbre qu’on retrouve en forêt équatoriale. Le nom de cet arbre diffère d’un pays à l’autre et d’une région à une autre. Les Fang Beti en général le nomment Aloa, les Bulu  le nomment Andom qui veut dire élégance, les Bafia  l’appellent Nloi et le peuple Baganda en Ouganda le nomme Mutuba.

Othéo expose pour la première fois au Sénégal en 1965, c’est le point de départ d’un périple qui le mène aux quatre coins du monde, notamment aux Etats-Unis, en Allemagne, en France, en Italie, en Belgique, en Espagne et au Nigeria. Chez lui au Cameroun, il est sollicité pour réaliser des décorations d’intérieur, des revêtements muraux et de la tapisserie avec l’Obom sur l’immeuble de la présidence, à la résidence privée du chef de l’Etat, à l’hôtel Sawa de Douala, dans de grandes institutions de la place.

 

AMOURS AVEC L’AMBASSADRICE DES USA

Même les missions diplomatiques tombent sous son charme, séduites par son usage de la pâte d’Obom, ce tissu d’écorce qui lui permet de modeler indépendamment du support tout ce que son esprit juge possible. On le convie à s’exposer dans certaines ambassades dont celle des Etats-Unis. L’ambassadrice et le peintre deviennent inséparables. Elle s’invite dans son décor, dans l’atelier, au domicile. Même les épouses de l’artiste sont conquises par les largesses de la dame.

L’amour s’en mêle et le bruit ne tarde pas à circuler dans les couloirs et les antichambres du pouvoir. Les autorités n’apprécient pas, d’autant que l’Oncle Sam est soupçonné de connivence avec un parti d’opposition alors que s’annoncent les premières joutes de la démocratie. L’aventure de la diplomate avec l’homme des casernes est assimilée à un complot. On accuse Othéo d’intelligence et il est mis aux arrêts. Quatre jours plus tard, il est libre grâce à son ami, l’ambassadeur d’Israël.

 

DES MÉDAILLES POUR L’ARTISTE

Il reçoit même une médaille quelques temps après. L’adjudant prend sa retraite en 1995 et se consacre librement à sa passion dont il a déjà récolté des lauriers : Meilleur peintre de l’Excellence africaine, lauréat des arts plastiques de l’ambassade d’Espagne, Epi d’or au Festival national des arts et de la culture (FENAC), prix de l’Excellence africaine, premier prix du Salon international de Bastos…

Dans la défunte Société civile nationale des droits d’auteurs (SOCINADA), il a été commissaire chargé des arts figuratifs. Avec l’éclatement de la structure en quatre organes spécialisés, il devient président du conseil d’administration de la Société civile des droits d’auteur et des droits voisins des arts plastiques et graphiques (SOCADAP). Il a été remplacé à ce poste le 22 juillet 2017 par son collègue plasticien Emmanuel Etolo Eya.

 

Texte : Irène Mbezele – Photo : Jean Pierre Kepseu – ICI Cameroun