Depuis de nombreuses années déjà, Belka Tobis enflamme le cœur de nombreux fans émerveillés par ses mélodies entraînantes et ses histoires poignantes sur les couples. Cependant, le crooner a une réputation de mégalo qui lui colle à peau. Ce qui a poussé ICI Cameroun à aller à la rencontre de l’auteur d’Aye Mog pour en avoir le cœur net.

Belka Tobis compte de nombreux détracteurs qui le disent frimeur incorrigible et un peu trop fier de lui, malgré ses qualités de compositeur, seul point qui semble mettre tout le monde d’accord à son sujet. C’est donc un brin sur les dents qu’on va à la rencontre de cet homme au visage buriné, un dimanche ensoleillé à la Cité Sic à Douala, dans le quartier d’enfance de la star, qui y conserve ses attaches au Cameroun.

L’on découvre alors un personnage disponible, serviable, gentleman et prévenant. Un papa attentionné, fier de ses filles qui se disputent son cœur. Tracy, Kenza, Britney et Ndedi Marie-Reine, sont de petites reines qu’il tient pourtant au pas pour en faire des femmes de leur temps. Il s’attache à leur donner la chance qu’il n’a pas eue, l’enfance dont il a rêvé.

 

LE CROONER DES ORACLES

Et c’est ainsi, en toute simplicité, que Belka Tobis explique toutes les excentricités qui le caractérisent et qui amusent certains ou en exaspèrent d’autres. Belka Tobis se présente aussi sous ses oripeaux de «Mbombog», titre de patriarche en pays Bassa, qui donne droit à certains privilèges, comme de prendre plusieurs épouses. Le crooner roule un peu des épaules et se dit réservé sur la question. Il avoue tout de même que ses filles sont issues de deux lits différents. Mais dans sa villa, la famille est une et unie autour de lui.

Ce que l’on sait de manière générale, c’est que dans sa conduite quotidienne, le Mbombog consulte les oracles avant la prise de toute décision, avant tout voyage, même pour recevoir un hôte. Le Mbog symbolise l’univers, le cosmos. Il s’organise comme lui, en deux faces. Le mot Mbog vient de « Bok« , qui signifie : ranger, disposer en ordre, pour obtenir le contenu le plus dense possible. Il résulte de ceci que la conception de l’institution du Mbog nécessite de parfaites connaissances positives et négatives de l’univers, le dualisme dont il est question dans certaines philosophies orientales.

 

A L’ÉCOLE DU CABARET

En réalité, Belka Tobis n’est pas peu fier de lui. Parti du fond de sa cité d’une famille très modeste, il s’est mis à grincer de la guitare avec un copain d’école, il y a plus de 30 ans. Un copain – dont il a d’ailleurs oublié le nom – pour qui il mourait d’admiration et qu’il suivait dans ses pérégrinations nocturnes sans songer à faire de la musique un métier.

Mais le virus de la musique s’est installé. Belka franchit le seuil de l’admiration pour passer à l’écriture de chansons. Il le fait pour exorciser sa mélancolie et consigner ses pensées dans le livre de l’Histoire ; il joue de la guitare pour apaiser son cœur d’écorché vif. Et pourquoi ne pas tenter d’en vivre en ces temps de galère, ne serait-ce que pour faire tomber les belles femmes, autrement inaccessibles ?

Belka va d’abord faire ses classes en cabaret où il se révèle un superbe interprète. Ses reprises d’Eboa Lottin font sensation de même que les classiques du jazz américain ou les chef-d’œuvres de Fela Anikulapo Kuti. Quoique le cabaret n’offre que quelques sous aux aurores, à peine suffisants pour la pitance journalière. À cette époque, Marie, sa « jeune Bangangté », est déjà là.

Une coquette fille du voisinage qui l’a accompagné dans toutes ses pérégrinations, alors même que ses congénères se pâmaient pour les hommes mieux nantis, capables d’éblouir leurs yeux de midinettes.

 

Texte : Gaëlle Moudio Ndedi – Photo: Michel Balla / ICI Cameroun