Amina Gerba se bat depuis de nombreuses d’années pour donner une autre image de l’Afrique en Amérique du Nord. Fondatrice et présidente-directrice générale d’Afrique Expansion Inc., présidente-fondatrice des Laboratoires Kariliss Inc et cofondatrice de Flash Beauté Inc./Kariderm, la native de Bafia a été classée en 2008 parmi les 25 femmes d’influence au Québec !

La petite Amina Nleung-Abah, née dans le foyer d’un grand planteur musulman et polygame de Bafia (sa maman étant Don Adjari) est le dix-huitième et avant-dernier enfant de la famille, et la seule fille à connaître les bancs de l’école, grâce à un heureux concours de circonstances : «Quand j’avais six ans, une de mes cousines qui s’appelait Jeannette Goufan s’est mariée et est venue me chercher pour que j’habite avec elle. Elle était couturière et composait parfois des chansons, elle m’a donné le petit nom de Justine. Comme tous les enfants du foyer allaient à l’école, j’en ai profité».

Un peu plus tard, notre Amina-Justine trouvera un travail de secrétaire à la Maison de la Radio à Yaoundé. Son patron est alors un sémillant journaliste avec qui passe un tendre courant : Gerba Malam. « On s’est rencontrés en 1981, on était mariés en 1984 », ponctue-t-elle.

 

CAP SUR LE CANADA

Lorsque son époux obtient une bourse d’études au Canada en 1986, celle qui jusqu’alors se défendait avec un niveau correspondant à la classe de première, va enchaîner les formations sans s’arrêter. Après une année de Cégep (lycée québécois) où elle obtient son Diplôme d’études collégiales (Dec), elle s’inscrit à l’Ecole des Sciences de la Gestion de l’Université du Québec à Montréal, obtient en 1991 un baccalauréat (License) en gestion touristique et trois ans plus tard un Master in Business Administration ( Mba) option Marketing de services.

« Mon mari m’a permis d’avancer. J’enchaînais les études et mes enfants naissaient quand j’avais des vacances. J’ai l’habitude de dire que chacun de mes enfants m’a apporté un diplôme », souffle-t-elle dans un rire discret.

 

MÉDIAS ET COSMÉTIQUES

Un temps directrice de projets du cabinet de consultants SVS International, elle « réseaute » plusieurs pays africains et finit par flairer le coup : elle peut se mettre à son compte ! Ni une ni deux elle crée la société Afrique Expansion Inc dont le nom sera aussi celui d’un bulletin d’information monté en 1998 pour combler la frustration d’une mission économique camerounaise au Canada mal couverte par la presse.

De 250 copies au départ, Afrique Expansion Magazine, devenu la revue de référence pour les décideurs et investisseurs nord-américains intéressés par l’Afrique, tirait à une moyenne de 20 000 exemplaires en 2011, et a lancé une version anglaise par la suite.

 

SENS DES AFFAIRES

Mais sa plus belle inspiration a peut-être eu lieu au Burkina Faso où elle se retrouve en 1996 pour un client de sa firme Afrique Expansion Inc. Des femmes productrices de beurre de karité l’approchent afin qu’elle les aide à exporter. Ne connaissant rien en la matière, elle va pourtant essayer de distribuer le produit au Canada en créant une ligne de cosmétiques. C’est un échec car sa formule coûte cher.

Coriace, elle monte la société Flash Beauté avec un ancien collègue français expert en karité. En 1998 la marque Kariderm accède à une production plus naturelle, avec une gamme certifiée bio. « On a été les premiers au monde à compléter le protocole de certification bio dans le beurre de karité », fait-elle observer avec fierté. Sous son impulsion, les femmes burkinabé qui cherchaient des débouchés s’organisent. Leur nombre explose, passant de 20 à 2 000.

En 2007, Kariderm obtient une certification «équitable». La patronne crée un fonds social qui aidera à construire une infirmerie et une école dans le village burkinabè où tout a commencé.

 

Texte : Thierry Minko’o – Photos : Jean Pierre Kepseu / ICI Cameroun