Jean Maurice Noah,  philosophe, ethnologue, chercheur et enseignant actuellement proviseur du lycée bilingue de Kribi dans la Région du Sud, est l’auteur du  livre «Le makossa, une musique africaine moderne» (L’Harmattan, 2010).

En 140 pages environ, l’auteur plonge son lecteur dans un riche bouillon de culture traitant des fondements du makossa avec son ethnogenèse (assiko, bolobo, essewe) et son exo genèse (gospel, highlife, merengue, rumba, funk, disco). Analysées aussi, l’architecture du makossa, sa trajectoire historique de 1966 à nos jours, et sa crise de croissance imputée à trois facteurs : sa grande porosité face aux musiques étrangères en vogue, l’absence de réelles connaissances musicales des artistes et le marasme économique du milieu des années 1980.

S’il soutient que le makossa a été un ciment de l’unité nationale camerounaise longtemps avant le football, Jean Maurice Noah constate le malaise dans ce mouvement et propose comme remèdes la formation, «le reboisement identitaire» et la promotion. Avec ce deuxième ouvrage, l’ethnomusicologue couvre le deuxième pôle dominant de la musique camerounaise de ces 50 dernières années, après avoir commis «Le bikutsi du Cameroun, ethnomusicologie des Seigneurs de la forêt» (Carrefour / Erika).

Dès lors, il caresse le rêve, si son emploi de temps et les moyens le permettent, de travailler sur le reste des aires culturelles locales afin de réaliser un dictionnaire de toutes les musiques camerounaises.

 

Texte : Thierry Minko’o – Photo Jean Pierre Kepseu – ICI Cameroun

 

EXTRAIT  des pages 77 – 78 de «Le Makossa, Une musique africaine moderne », L’Harmattan, 2010

Le recul du makossa : L’excès d’ouverture

«La marque particulière du makossa, c’est sa diversité.  Cette diversité a poussé certains à parler non du makossa, mais des makossa, tant est manifeste sa diversité et son pluralisme stylistique. C’est pratiquement chaque artiste qui a sa vision du makossa. Le style de Charles Lembé est différent de celui d’Ekambi Brillant, le style de Toto Guillaume n’a rien en commun avec celui de Pierre de Moussy, Nkotti François, Dina Bell ou Douleur. En un mot, la variété et la diversité ont toujours été la caractéristique majeure du makossa, l’élément clé de son identité qui est manifestement une et multiple.

Mais vers la fin des années 80, le makossa va tomber dans une logique de la versatilité. Son hospitalité permanente aux courants musicaux à la mode a fini par dissoudre son identité. C’est ce que nous appelons la rationalité de la pute de la ville, toujours prête à offrir ses services à tous les nouveaux venus.

En effet, à chaque fois qu’un air est à la mode, le makossa s’accoquine avec lui. La mode du zouk chiré à engendré le makozouk, celle du zouk love a produit le makossa love, le règne de la salsa a fait émerger la salsa makossa, le soukouss le soukoumakoma, le dombolo a créé le zingué ou le makossa hélico, le coupé décalé le kossa décalé, etc.

Le makozouk a par exemple bouleversé la structure du makossa originel en y produisant une section cuivre prépondérante et des percussions contraires au beat du makossa. Certains opérateurs de la filière makossa se sont parfois contentés de greffer, voire juxtaposer au makossa des airs à la mode ou de leur enfance».