Hervé Gabriel Ngamago Youmbi, plus connu sous le nom d’Hervé Youmbi, est un plasticien camerounais connu entre autres pour sa collection Ces Totems qui hantent la mémoire des fils de Mamadou. Une collection qui a enregistré un franc succès aux États-Unis. Exposé à la Galerie Axis à New York, son travail axé sur les visages et sur les contrées qu’il a traversées, a posé des questions fondamentales sur l’Homme.

On peut lire sur sa page officielle qu’il a reçu la bourse Visas pour la création 2009 de Culturesfrance et la «Smithsonian Artist Research Fellowship 2012» du Smithsonian Institution à Washington, aux États-Unis. Ses travaux figurent dans quelques collections comme celle de la Banque mondiale et celle du Smithsonian National Museum of African Art à Washington. Une de ses installations a été acquise par le Royal Ontario Museum au Canada.

Il lui est arrivé de brosser autre chose que ces portraits qui font de lui un homme clé des arts plastiques au Cameroun. Surtout dans son enfance à Bangui en République Centrafricaine, où son père voit en lui un môme très éveillé grâce à ses gribouillis qui montrent déjà la passion qui l’anime. Derechef le bout d’homme est renvoyé au Cameroun auprès de sa grand-mère dans la ville de Njombè, région du Littoral. «Mon père a estimé que Bangui n’était pas un lieu d’éveil pour moi», note-t-il.

 

INSPIRE PAR NJOMBE

Dans ce petit village, son inspiration croît et sa passion explose : il dessine, apprend à peindre et, pour donner plus de volume à ses créations, se met à la sculpture. «Mes parents  trouvaient que j’étais trop intelligent pour perdre mon temps à dessiner.» Contraint, Hervé fait son premier cycle au collège Alfred Saker, puis à l’Institut polyvalent Njoh Njoh. Mais il ne range pas les armes et continue d’entretenir sa flamme pour l’art.

Au cours de son apprentissage autodidacte, il croise la route de Franck Epée, un artiste plasticien vivant en Occident. Un marché très vite conclu qui permet à notre artiste en herbe de se perfectionner.

Fasciné par son travail, Amougou Bihina un gourmet d’art qu’il rencontre également dans la rue, lui prodigue des conseils et l’incite à s’inscrire à l’Institut de formation artistique (IFA) de Mbalmayo. Madame Youmbi mère s’en arrache presque les cheveux, et s’abstient de payer sa scolarité. « Mon père étant décédé, maman n’a pas investi un kopeck dans ce projet d’étude. Heureusement je venais de vendre une toile à 120.000 FCFA, c’est avec cette somme que je me suis inscrit», se souvient-il ému.

 

L’INFLUENCE DE SALVADOR DALI

À Mbalmayo, Hervé Youmbi découvre un nouveau monde, fait de géométrie descriptive ou d’histoire de l’art. Le nouvel élève se perfectionne dans l’impressionnisme et tombe amoureux d’Oscar Claude Monet,  de Van Gogh ou encore de Salvador Dali son maître attitré. Puis il fait la connaissance de l’anglais Francis Bacon qui fermente sa maîtrise  des portraits. Le style Youmbi varie entre le réalisme et le surréalisme et il associe à cela des couleurs ocre.

Pendant trois ans, l’IFA lui apporte la dextérité nécessaire qui le mène à l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg en France. Dès lors, son travail a un effet caméléon. «Quel que soit l’espace où ses fresques sont exposées, elles épousent  à la perfection le contexte de l’environnement », a dit de lui l’artiste plasticien Fa’a. Un commentaire appuyé par le peintre égyptien Ayal Gwedi, ou le Sénégalais Viyé Diba en passant par l’historienne de l’art Dominique Malaquais, et son ami de toujours Hervé Yamguen.

Avec ce dernier, il fonde le collectif  Kapsiki qui regroupe cinq artistes dont Jules Wokam, Blaise Bang et Salifou Lindou. Ensemble, ils ouvrent également le local K. Factory basé au quartier New-Bell. Ils réalisent Hors les murs en 1998, un projet initiant huit jeunes enfants de la rue à la pratique des arts plastiques.

 

PAYSAGISTE RÉFORMATEUR

Hervé Youmbi a enchaîné les prestations sur la planète. De 1994 à 2011, il fait les quatre continents du monde, gagnant au passage quelques distinctions et la bourse de la meilleure création attribuée par Culture France Afrique et Caraïbes en 2009.

«Nous avons plus de reconnaissance ailleurs que dans notre pays», s’indigne l’ancien élève de l’IFA qui garde toujours l’espoir que les Camerounais iront à la rencontre des galeries d’art qui révèlent un maximum de plasticiens. Il cite les espaces Doual’art, les galeries Keuko ou encore le Carré des Artistes. Il encourage ses confrères à garder le même élan car, dit-il, «les arts pastiques sont un domaine qui recèle un trésor et ce trésor il faut aller le chercher».

 

Texte : Miriam Fogoum – Photos : Jean-Yves Mbambath / ICI Cameroun