Où en est notre système éducatif ? Voici la question d’expert que je me posais ce matin en écoutant mon neveu de terminale C raconter comment il est «sorti  dans les dix premiers de la classe, mais avec exclusion pour les heures d’absence». Une prouesse, selon lui, à l’entame du troisième trimestre ! J’ai expliqué au neveu absentéiste qu’il y a des choses qu’on n’aurait jamais conçues de notre temps, quand l’école était encore l’école. On est où là !

Mais les époques changent dans un sens qui nous échappe, et nos établissements scolaires semblent désormais admettre bien des phénomènes étranges, à défaut de basculer avec pertes et fracas dans la rubrique fait divers. Entre le fameux livre de sciences «à caractère pornographique» inscrit au programme des classes de Cinquième, et le lycée bilingue de Deido à Douala qui s’est illustré en quelques semaines pour le viol d’une élève et le meurtre d’un autre, des signaux peu rassurants nous parviennent des cours de récré où traînent nos ados.

Comme si, au fil des années, le peu de crédit qui restait au système éducatif camerounais s’érodait inexorablement sur fond de carte scolaire flageolante, de création électoraliste d’établissements, de lourdeurs inexpliquées dans l’organisation des examens. Clé de voûte de ce système, le baccalauréat camerounais (46% de réussite en 2017 et 51% en 2018) pâlit à côté de ses voisins centrafricain ou tchadien (franchement !), du fait d’une complexité facultative qui hérisse nombre de circuits internationaux d’équivalence. Et encore, je ne vous parle même pas du paradoxe généré par le maintien de notre probatoire jurassique !

Résumons: si un jeune échappe à l’enfer de son lycée et se fait accepter lors des délibérations à 8 sur 20, il n’est pas sûr d’obtenir une inscription à l’étranger, car les diplômes du Cameroun suscitent la plus grande méfiance dans les académies du globe !

Paul Biya a réagi par décrets des 18 et 22 octobre 2018 réorganisant le General Certificate of Education Board et l’Office du Baccalauréat du Cameroun. Mais sur le terrain, après la clôture de la première phase des inscriptions, les chefs d’établissements ont enregistré les taux d’inscriptions au baccalauréat et probatoire les plus bas de ces dix dernières années !

Le pire reste peut-être à venir. Ce sera ce jour où les élèves qui ont poignardé le jeune Rosman Bleuriot Tsanou à Deido poursuivront leur rébellion buissonnière, passeront le bac tchadien haut la main, décrocheront une inscription dans une faculté outre-mer et reviendront narguer mon neveu et ses camarades vertueux restés au pays. Ce jour-là, le bac tchadien et son cortège de têtes brûlées auront gagné la partie en terre camerounaise – si ce n’est déjà fait.

Thierry Minko’o