Libéré ? Pas libéré ? Le dernier week-end du mois d’avril 2019 aura été lourd, presqu’irrespirable, alors que les nouvelles du président du Social democratic front (SDF) parvenaient de sources contradictoires dans les rédactions après son enlèvement présumé par les forces irrédentistes des régions du Nord-ouest et du Sud-ouest dites Ambazonia Boys.

Tôt dans la journée du samedi 27 avril, le SDF avait annoncé son enlèvement par des inconnus à Kumbo, dans la province anglophone du Nord-Ouest. A en croire Radio France Internationale (RFI) Joshua Osih, candidat du parti à la dernière présidentielle, avait indiqué avoir brièvement discuté au téléphone dans la journée avec Ni John Fru Ndi, encore aux mains de ses ravisseurs, sans donner de détails sur cet enlèvement.

«Durant ce temps de captivité, le groupuscule, manifestement pro-séparatistes, a tenté de le rallier à sa cause, rapporte la radio internationale. Il lui a ainsi été demandé d’enregistrer une déclaration aux bénéfices des indépendantistes et d’appeler à la démission des élus SDF, les députés et sénateurs anglophones qui siègent au Parlement entre autres. A ces différentes sollicitations, le leader du SDF a opposé une fin de non-recevoir, indiquant à ses interlocuteurs que le SDF avait besoin de ces tribunes institutionnelles pour porter et plaider la cause anglophone au niveau national».

 

LA FAMILLE FRU NDI CIBLEE ?

Ces événements révèlent un timing malheureux chez Fru Ndi, confronté à des ravisseurs alors qu’il était à la tête d’un cortège qui accompagnait la dépouille d’un député de son parti. D’autres sources affirment être sans nouvelles de Kingsley Azeh Ndi, le petit frère de John Fru Ndi, enlevé le 19 avril 2019 dans la localité de Bafut (département de la Mezam, région du Nord-Ouest), dans un ranch appartenant au chairman du Social Democratic Front…

En octobre dernier, un proche de la famille a rassuré les médias alors que la sœur cadette de Fru Ndi était donnée comme otage elle aussi. «La jeune sœur du Chairman, Christy Akum, kidnappée mercredi 17 octobre 2018 vient d’être libérée. Elle est actuellement à la résidence de son frère aîné, président du SDF, à Ntarikon, Bamenda».

 

DES CHOIX PEU INSPIRES POUR SA BASE

En janvier dernier, il avait écrit au président Paul Biya, lui signifiant notamment : «J’ai de la peine à croire qu’avec l’Etat du Cameroun en péril, notre avenir incertain, et à plus forte raison le feu brûlant à ma propre porte, vous ne voyiez pas toujours la nécessité que nous ouvrions un sérieux dialogue pour œuvrer ensemble et assidument à la résolution de cette crise».

Déjà, en février 2013, John Fru Ndi avait demandé à être reçu par Paul Biya afin de lui donner son point de vue sur les élections sénatoriales qu’il estimait prématurées et organisées unilatéralement, sans que les partis d’opposition aient été consultés et informés. Après cela, John Fru Ndi ne fut pas élu dans le Nord-Ouest.

Mais il semble que beaucoup dans la Région du Nord-ouest n’ont pas apprécié le relatif rapprochement de Ni John Fru Ndi avec le président de la République, encore moins le fait qu’il ait passé la main à Joshua Osih l’un de ses lieutenants (à qui l’aile dure du parti «reprocherait» d’être du Sud-ouest) pour la dernière élection présidentielle.

Né il y a 78 ans près de Santa dans le Nord-ouest, Fru Ndi est devenu le leader de la deuxième force politique du Cameroun après avoir quitté le Rdpc pour créer le SDF en mai 1990. Après être passé près de la victoire en 1992, le Chairman a accumulé des décisions politiques étonnantes, allant des boycotts de scrutins à des désignations mal acceptées par ses partisans.

Souvent à côté des grands événements politiques depuis lors, il fut même accusé d’avoir perçu 500 millions de Fcfa lors de la présidentielle de 2004 pour casser la dynamique de l’opposition. Ceci expliquerait-il les remous actuels autour de Ni John Fru Ndi ?

 

Texte : Thierry Minko’o – Photo : Jean Pierre Kepseu – ICI Cameroun