Jean Jacques Emmanuel Wounfack, pharmacien et créateur de la gamme Shu Anta, a mis au point une centaine de produits de beauté à base de matières locales. Son leitmotiv depuis vingt ans : offrir à la femme noire des produits de qualité internationale et adaptés à son climat, où qu’elle se trouve.

Les faux produits de beauté inondent nos marchés. On est devenu la poubelle. Nous cherchons encore des marques alors que les étrangers ont compris l’originalité de nos produits », déplore ce pharmacien en évoquant les pseudos praticiens et les produits vendus dans la rue.

Jean Jacques Emmanuel Wounfack, lui, a fait de l’originalité et de la qualité  les maîtres mots de son travail quotidien. Il a la curiosité, la passion et le désir de s’approprier les produits anciens utilisés par nos parents : « Je préfère investir pour valoriser le potentiel de l’Afrique. Nous ne devons pas rester d’éternels consommateurs ».

Sa marque Shu Anta est protégée au Cameroun depuis 2000 et en France depuis 2005. Et depuis ces produits de beauté ne cessent de faire leur trou dans le monde de la cosmétique.

 

UNE CENTAINE DE PRODUITS

À la galerie Mazo située à la Montée Ane Rouge à Yaoundé, se trouve une boutique aux lumières chatoyantes et aux senteurs agréables, nous avions découvert au moment de notre rencontre une centaine de produits 100% naturels faits à base de karité, de tamarin, paille de riz, de miel, d’huile de palmiste et de coton, d’arachide, de beurre de vache…

Ici, tous les produits sont étiquetés Shu Anta : parfums, savons, laits de toilette, crèmes de cheveux etc. Le client n’a que l’embarras du choix et a surtout l’avantage de consommer bio et d’essayer le produit sur place. Pour faire vendre le package, Jean Jacques Emmanuel Wounfack ne manque pas d’imagination. Un savon gommant, un gel douche au tamarin, une crème de cheveux au karité, du shampoing à la banane ou à la mangue, le tout emballé dans une calebasse avec des ficelles de paille. Jean Jacques ne néglige aucun aspect dans la recherche l’originalité.

 

LE MOINS CHER SE PAIE CHER

 « Les gens recherchent le moins cher ou les produits éclaircissants, et non la noblesse du produit. Moi je produis dans les normes telles que je les ai apprises dans le médicament », explique le pharmacien, qui postule que l’ignorance du public s’ajoute aux lourdeurs administratives, aux difficultés de reconnaissance  des produits par l’Etat et à l’absence de plate-forme pour la reconnaissance et la normalisation des produits pharmaceutiques et cosmétiques. Il avoue que parfois,  « il y a des moments où l’on a envie de baisser les bras ». Toutefois, quand il évalue le chemin parcouru et les obstacles qu’il a fallu franchir, il ne peut qu’aller de l’avant.

Cet ancien élève de l’école primaire de Mvog-Betsi et du Lycée Général Leclerc de Yaoundé se retrouve dans la pharmacie par un coup du destin. Parti en France en 1975 en classe de Première,  il est animé par un rêve : être pilote de ligne. Malheureusement au premier examen de vue, il n’a pas la note de 10/10. Son rêve est brisé. Après cette déroute, il change d’option et demande une bourse pour des études vétérinaires. Encore un échec !

En 1984, après des études post-pharmaceutiques en pharmacologie expérimentale sanctionnées par un diplôme d’études approfondies (DEA) à Lille, Jean Jacques envisage un retour au pays : « J’avais une autre vision de la recherche, ça ne m’intéressait pas d’aller dans un institut de recherche. Moi j’aime voir les résultats. C’est pourquoi j’ai  choisi le privé ».

 

DE LILLE A BAFOUSSAM PUIS GAROUA

En 1986, il dépose ses valises à Bafoussam dans ce qui est encore la province de l’Ouest. Il introduit un dossier au ministère de la Santé publique pour l’autorisation d’ouverture d’une officine. Le temps passe et la réponse de l’administration tarde à venir. En attendant, il est sollicité par un laboratoire d’analyses médicales de la ville et y travaille pendant deux ans. Puis, il est débauché de Bafoussam pour Garoua par un laboratoire  vétérinaire spécialisé dans la fabrication des vaccins pour animaux.

À Garoua, il est fasciné par le karité utilisé au quotidien par les femmes du Nord. Il décide de moderniser ces recettes traditionnelles. Pour réaliser ce projet, il ouvre un petit préparatoire qui lui permet, à ses heures perdues, de fabriquer des produits pour sa petite famille et des amis. Le premier produit sorti de ce préparatoire est une crème de cheveux à base de karité. Peu à peu il explore de nouvelles matières premières comme le tamarin, la paille de riz, le mil, l’huile de palmiste etc. Et un jour de 1989 alors que tout espoir d’ouverture d’une officine semble perdu, il obtient l’autorisation d’ouvrir une pharmacie à Garoua. La suite, on la connaît !

 

Texte : Emmanuel Atenga – Photo : Jean Pierre Kepseu / ICI