Marie Madeleine Fouda née Melingui fait partie du sérail politique dans le département du Mfoundi, Région du Centre. Selon Jeune Afrique, les Fouda restent une grande famille dans la mesure où ils peuvent capitaliser sur la réputation acquise par leurs charismatiques ascendants. Les enfants n’ont pas oublié que les ancêtres d’André Fouda, Omgba Bissogo et Essonno Ela, sont les fondateurs d’Ongola, nom d’origine de Yaoundé. Ils n’ont pas oublié non plus que leur père avait réuni tous les Beti du Grand Centre autour d’Amadou Ahidjo, lui permettant de prendre le pouvoir au détriment d’André Marie Mbida.

On sait que la jeune Marie Madeleine Melingui fut astreinte à une éducation pour le moins austère. Très tôt imprégnée des valeurs morales héritées d’une mère élevée chez les bonnes sœurs, et d’un «père rigoureux mais très affectueux» elle mène une existence bâtie dans le creuset de la rectitude morale. Même ses fréquentations se limitent aux activités de «Jeunesse Estudiantine Chrétienne», une association religieuse. Côté études, l’internat de Mimetala, bourgade située dans les environs de Yaoundé, l’accueille pour ses débuts de collégienne. Puis ce sera le Collège Saint- Esprit (futur Collège de la Retraite), où elle obtient son Brevet avant de rallier le Lycée Général Leclerc.

LE MARIAGE AVEC LOUIS FOUDA

Marie Madeleine a 18 ans quand ses parents acceptent de donner sa main à Louis, fils aîné d’André Fouda. Le choix des Fouda est motivé par «ma ressemblance morale d’avec quelques-unes des filles Fouda. Par ailleurs,  leur fils  faisait des études chez les jésuites». Le mariage civil a lieu pendant les vacances d’été 1959, dans la sobriété. Louis Fouda, qui à l’époque suit une formation d’entrepreneur, retourne en France.

L’année d’après, le mariage est célébré avec faste à l’église. Les époux rentrent ensemble en France, le temps pour Louis d’achever sa formation. Marie Madeleine est inscrite à Notre Dame de Clamart en classe de première puis au cours FIDES à Paris, une école privée singulière où «mes enseignants étaient les auteurs des livres que nous étudions, il fallait vraiment être bête pour ne pas assimiler les savoirs dispensés».

De retour au bercail, elle retourne au Lycée Leclerc où elle obtient son baccalauréat en sciences expérimentales. A l’université de Yaoundé, elle décroche sa licence en Droit et sciences économiques en sept ans, au fil des interruptions dues à ses huit maternités : «Je n’avais pas à  me faire des complexes, les autres étaient plus jeunes et n’avaient certainement pas les mêmes charges que moi».

COUP DE THÉÂTRE !

C’est en 1976, sur un coup de tête, que Marie Madeleine interrompt son travail de gestionnaire de la Polyclinique Fouda où elle fut recrutée après sa licence huit ans auparavant, pour devenir… pédiatre. «Je voulais simplement faire médecine pour satisfaire un idéal que je m’étais fixé, dit-elle, mais c’était un tollé dans ma famille comme dans ma belle- famille. Les gens se demandaient ce que je voulais prouver».

Téméraire, elle rentre au Centre universitaire des sciences de la santé (Cuss) et en ressort à 42 ans, ayant largement dépassé l’âge d’intégration à la Fonction publique. Elle est cependant recrutée comme contractuelle  d’administration en 1984, et affectée à la PMI centrale de Yaoundé. Médecin, médecin-chef adjoint, chef de service des formations sanitaires privées au ministère de la santé publique, sa carrière se déroule sans encombres jusqu’à la retraite en 1995.

L’ENTRÉE EN POLITIQUE

Dans les années 1980, un homme politique nommé Martin Ndongo Aléga remarque son activisme et lui propose de rentrer dans sa liste pour le compte des législatives cette année-là. La proposition est tentante, d’autant que Marie Madeleine jouit du soutien d’une grande famille de la ville. Au terme de l’élection, elle est élue députée en 1988.

A l’Assemblée nationale, la nouvelle députée passe un mandat mi-figue mi-raisin : vice-présidente de la commission des affaires sociales et membre délégué chargé d’assister annuellement  à la session de l’Union inter parlementaire au niveau mondial. Elle en repartira  quelque peu déçue au point de ne plus vouloir se représenter après l’interruption prématurée du mandat en 1991.

«EMBRIGADÉE» A L’ASSEMBLÉE NATIONALE

Au souvenir de cet épisode, amertume et arrière goût d’échec lui sont restés en travers de la gorge, elle regrette une chose : «Je n’ai pas pu réaliser ce que je m’étais promis de faire, je me sentais embrigadée, bloquée. N’ayant pas les mains libres, je me suis résignée à regarder pour ne pas me mettre plus en difficulté». Après ce fiasco, la politique passe un temps en veilleuse même si elle continue d’assister aux meetings, de participer aux réunions politiques, puisqu’elle est membre du Comité central de son parti, le RDPC.

En 1997, coup de théâtre : la thérapeute en retraite depuis deux ans est «bombardée» ministre des Affaires sociales. C’est un secteur d’activités qu’elle connaît bien. Elle conserve ce portefeuille jusqu’en  août 2002. Modeste, elle  précise : «C’était la volonté du président Biya qui seul détient le pouvoir discrétionnaire des  nominations».

 

Texte : Irène Mbezele – Photo : ICI Cameroun