ADOLPHE AKONO NGANE est le plus âgé des ex-Lions Indomptables connus, encore en vie. Certes, du temps de ses exploits en 1964 aux côtés d’un certain «Maréchal» Samuel Mbappe Leppé, l’appellation Lions Indomptables n’était pas encore usitée dans les milieux du football camerounais. Aujourd’hui, cet homme au sourire digne malgré le dénuement tente de se faire entendre au soir d’une vie globalement difficile. «Je remercie le Président de la République car il va peut-être lire ces paroles ou regarder les vidéos que vous tournez en ce moment», espère-t-il en s’adressant à l’équipe de curieux venus à sa rencontre ce jour, armés de téléphones portables en mode caméra.

RECONVERSION COMME MECANICIEN

Les riverains du quartier Ebolowa-Si II dans la capitale régionale du Sud croisent tous les jours la grande silhouette (1,80m) de cet ancien champion de football reconverti dans la profession de mécanicien-chauffeur. Du moins, c’est ce qu’indique sa carte nationale d’identité qui situe sa naissance en 1938 d’un père nommé Martin Ngane et d’une mère appelée Rebecca Emvolo. Le jeune Adolphe commence sa carrière de footballeur en 1957 très précisément dans les rangs de la Colombe de Sangmelima. Il est appelé à l’équipe nationale en 1960. Sa génération, dans laquelle se trouvent les Samuel Mbappe Leppé, Isaac Mbete, Georges Ndona, le gardien de buts Jean Atangana Ottou alias «Remetter», Léonard Nséké, n’est battue que par la France aux Jeux Sportifs de la Communauté Française à Tananarive à Madagascar.

OUBLIES APRES LA VICTOIRE

Mais l’année 1964 sera une année faste avec l’Oryx de Douala qui remporte en février la toute première Coupe d’Afrique des Clubs Champions face au Stade Malien de Salif Keita, et la sélection nationale qui s’impose en juillet lors de la Coupe des Tropiques 1964. «C’était au Stade de l’Hippodrome ici à Yaoundé, là où se trouve actuellement l’Hôtel de Ville», souffle le papy Adolphe, qui égrène sous son épaisse chevelure blanchie ses souvenirs dans un français plus que convenable, soutenu par une excellente mémoire qui ferait la joie d’un archiviste du mouvement sportif national. Il ajoute : «On touchait à l’époque 22 500 FCFA par mois. Après notre victoire à la Coupe des Tropiques, on n’a rien reçu, pas de médaille jusqu’à présent».

«LES MILLA, ETO’O, NE ME CONNAISSENT PAS»

Son cadre de vie sommaire inspire une infinie tristesse. Une demeure de fortune livrée aux caprices de la saison des pluies équatoriale, où le passant note sur un mur une affiche «La force de l’expérience». Le bail de papy Adolphe à l’équipe nationale, à l’ombre du monstre Mbappe Leppé, semble n’avoir pas laissé d’empreinte forte. L’ex-Lion de 82 ans a donc échappé aux radars de la reconnaissance nationale. «Les Milla, Abega, Eto’o Fils, ne me connaissent pas. Je suis un vieil homme. Au moment où je vous parle, mon corps s’est fatigué. Mes yeux ne voient plus, ma maison tombe en ruines», expose ce père de huit enfants.

«Je sais que le Président ne peut pas entendre mes cris sans m’aider. Au moment de l’indépendance, j’étais le seul joueur de l’équipe nationale originaire du Sud. Je demande un peu d’aide. C’est tout ce que je peux dire ce soir», conclut-il avec le sourire gêné de ceux qui n’auraient jamais cru qu’ils seraient livrés à une telle précarité après avoir tutoyé, avant tout le monde, les cimes du mérite sportif.

Ses proches suggèrent à toute âme de bonne volonté voulant venir en aide à ce Vieux Lion ou réécouter ses exploits, de bien vouloir le contacter directement au  657 525 622 ou au 657 690 290.

Benjamin Monefong    (Correspondance particulière)