Dire ses quatre vérités à Paul Biya (ou à ses apôtres), face à face ! Voilà un des fantasmes sous-jacents de cette précampagne, que l’émission «100% Présidentielle» sur la CRTV a réussi à capter. En deux éditions, ce programme a déjà replacé la télévision nationale au cœur du buzz électoral, ce qui n’était pas gagné pour une ciartivi historiquement corsetée dans des réflexes attentistes.  Tout un symbole.

Alors qu’un vent de fraîcheur connectée souffle sur le paysage audiovisuel dans l’attente du 7 octobre, c’est donc la bonne vieille télé de papa qui semble tirer son épingle du jeu. Le plateau d’Aimé Robert Bihina s’est transformé en un passionnant théâtre mettant en scène le bon, la brute et le truand. Dans le rôle du bon jusqu’ici, Cabral Libii Li Ngué Ngué, 38 ans, l’homme des réseaux sociaux, des «11 millions d’inscrits», un fort en thème que j’ai vu mardi dernier en train de bousculer le régime comme nombre de jeunes ont déjà rêvé de le faire en mondovision. Dans le rôle de la brute la semaine précédente, l’ancien flic et ministre Garga Haman Adji, 74 ans, coupable d’une faute de galanterie sur la journaliste Cathy Toulou Elanga. Le buzz de cette bourde a fait résonner le nom de Garga aux quatre coins du globe, un cadeau inespéré (quoiqu’empoisonné) en terme d’exposition pour ce vieux briscard de la politique.

Dans le rôle ingrat du truand, bien entendu, le régime du Renouveau, qui a déjà embastillé ses propres disciples et veut suivre son énigmatique champion sept années encore. Sur le plateau de«100% Présidentielle», les apôtres Jacques Fame Ndongo et Benoît Ndong Soumhet ont prêché les éléments de langage habituels, laissant à leurs contradicteurs le soin de prendre toute la lumière en sachant que ce n’est pas la lumière qui vote.

Car tel est aussi l’enjeu de cette séquence : faire la démonstration aux yeux du monde de la vitalité du débat politique au Cameroun, pays que l’on dit momifié depuis trois décennies sous le flegme de son leader. Six des neuf candidats en lice se présentent pour la première fois, avec une moyenne d’âge de quarante-neuf ans. Les réseaux sociaux font partie de la partition et la jeunesse se passionne pour ce casting de personnalités dont les écarts parviennent parfois à couvrir le bruit des exactions de l’armée dans les régions de l’Extrême-nord, du Nord-ouest ou du Sud-ouest.  En attendant, le maillage du territoire par la machine du parti au pouvoir n’a pas faibli tandis que les anciens jouent le jeu de la modernité. Il a suffi le 13 juillet dernier d’un tweet du candidat Paul Biya, 85 ans, pour que la praxis politique au Cameroun entérine son basculement dans une nouvelle ère. Car chez nous, un vieux qui fait jeune c’est toujours plus sexy qu’un jeune qui fait vieux. Maintenant, toute cette fraîcheur met la génération whatsapp  au défi de quitter sa posture abstentionniste.  Les choses vont-elles se passer autrement cette fois-ci ? On ne perd rien pour attendre.

Thierry Minko’o