C’est acté, le Néerlandais Clarence Seedorf  va coacher les Lions Indomptables à la prochaine CAN. En ce qui me concerne j’aime beaucoup le bonhomme, depuis que je l’ai vu jouer en Ligue des Champions à la télé avec des allures de Belle Belle, un ancien Lion Indomptable qui était comme lui plutôt fort en cuisses. Rien que pour ça, ce Seedorf a toujours eu à mes yeux quelque chose de kamer. J’étais donc content de le voir parapher son contrat l’autre jour à deux heures du matin puis reprendre l’avion dans la foulée, tout ça avant le chant du coq (et Dieu sait que les coqs de Yaoundé se lèvent déjà tôt tellement la vie est dure !)

Surtout, j’ai vu un Seedorf à l’aise dès sa descente d’avion. Éclats de rire, poignées de main. Un sorcier blanc à la peau noire, un gars qui nous ressemble ! Certes, il a exactement les mêmes chances que ses prédécesseurs d’être viré précocement, mais le gars m’a semblé cool. Alors je me suis pris à imaginer un Seedorf couleur locale, faisant son jogging à Mvog Ada, et répondant aux questions genre «coach c’est comment non ?». Réponse : «on est là». Pour moi s’il fallait désigner un modèle d’authenticité, ce serait le champion olympique Jean-Paul Akono alias Magnusson, un type cash (quoique féru d’argent selon la légende) qui pouvait dire à un joueur en méforme : «Sors de mon maillot !» Akono avait tellement la rage de vaincre qu’un jour il aurait hurlé à François Omam Biyik qui avait vendangé une occase : «Ilang !» (une violente invective en langue ewondo que je refuse de traduire ici).

Un Seedorf sans fioritures comme Akono, ce serait d’ailleurs un joli clin d’œil au travail de ces entraîneurs locaux souvent traités sans délicatesse à l’approche des grands rendez-vous. Ce serait aussi le refus des longues phrases vicieuses façon Claude Leroy ou même Hugo Broos. Place à un style plus direct !

Du coup, Seedorf  se mettrait au langage kamer. Rien de compliqué. Il lui suffit d’apprendre à dire «wèè» ou «wèèkè». Cette expression signifie à la fois «dommage» et «abrège, tu me fatigues». Par exemple : Coach, pensez-vous que les femmes viendront plus nombreuses au stade pour admirer Patrick Kluivert ? Réponse : Wèè ! Question : Coach, plus sérieusement, vous arrivez dans un pays plein d’incertitudes politiques et sportives, et la CAF elle-même n’a pas encore dit quand va se jouer la CAN ? Réponse : Wèèkè. Question : Coach, vous avez vu comment le ministre Bidoung Mkpatt fait de longs discours en mettant tout le temps le nom du chef de l’État ? Réponse : Wèè papa laisse moi seulement !

Oui je sais, on nage en pleine science fiction. Mais si Seedorf récupère l’héritage des coaches locaux et la joue authentique comme Jean-Paul Akono, on aura déjà gagné la CAN des symboles !

 

Thierry Minko’o