Nommé à la tête du quotidien Le Messager ce 31 juillet 2018 après 23 ans de service dans ce média, le nouveau directeur de la publication évoque les défis à relever pour redonner ses lettres de noblesse à ce mythique journal fondé en 1979.

 

Votre nomination comme directeur de la publication du quotidien Le Messager a-t-elle été une surprise pour vous ?

Pas vraiment. J’avais déjà été sollicité il y a 4-5 ans pour être directeur de publication adjoint. A l’époque, je devais assister Jean Vincent Tchienehom. Mais la nomination avait fait polémique en son temps, les ayant-droits ne s’étant pas entendus. J’ai encore été approché quelque temps après. On m’avait posé la question si ça m’intéressait d’être DP. J’ai répondu que je suis auservice du Messager et que je suis d’abord journaliste, et que devenir DP est une fonction qui demande des capacités de management. Je ne doute pas que je les ais, mais c’est assez difficile, surtout dans le contexte actuel que traverse Le Messager. Surprise quand même parce que ça arrive en ce moment difficile. Je ne sais pas pourquoi c’est à moi qu’on a pensé, mais comme je suis profondément croyant, je remets tout à Dieu et je compte sur la prière des lecteurs pour pouvoir me mettre à la tâche. Je suis prêt à me donner jusqu’à ce que j’aie la preuve que je ne pourrai pas relever ce journal.

Les défis sont nombreux, au regard du «contexte difficile» que vous évoquez…

En effet. Le personnel du Messager accuse de nombreux mois d’arriérés de salaire. Le premier défi sera de redonner confiance aux journalistes en leur payant ce que l’employeur leur a promis. Ça ne dépend pas seulement de moi, mais aussi des propriétaires du journal. Je voudrais espérer que nous allons tous nous entendre pour qu’on arrive à travailler ensemble avec ces mêmes journalistes, de manière à relever cette situation pour que les arriérés et le non-paiement des salaires soient un triste souvenir. Le deuxième défi sera d’assurer la régularité de parution du Messager. Je ne viens pas avec des mallettes d’argent pour dire que je vais pouvoir assurer tout cela. Il faut que le journal s’autofinance déjà à travers une entreprise de presse normale. Nous comptons travailler notamment avec la Fedipresse (Fédération des éditeurs de presse du Cameroun, Ndlr) pour que le marché de la publicité soit plus accessible à tous les médias, que ce ne soit pas seulement une exclusivité des médias de service public ou d’influence. L’autre défi sera également de faire lire Le Messager. Il n’est pas normal que le journal ne soit pas disponible dans les villes autour de Yaoundé ou de Douala par exemple. Il faut travailler pour que les gens, chaque matin, aient Le Messager sur leur table. Cela signifie que nous travaillons aussi un contenu dynamique, selon notre ligne éditoriale : être toujours proche du peuple, apporter à notre peuple l’information qu’il faudrait.

Au final, on pourrait penser que votre nomination est un cadeau empoisonné…

Je prends cela comme une grâce. Si je ne réussis pas, je comprendrai que je n’ai pas réussi. Mais je mettrai toute mon énergie pour arriver à trouver une solution. D’autres viendront après moi, ils continueront le travail mais je voudrais quand même baliser un tout petit peu. Et en cela je salue mes prédécesseurs. Ceux qui, depuis que Pius Njawé (fondateur du journal décédé le 12 juillet 2010, Ndlr) est parti, ont fait ce qu’ils ont pu, chacun à son niveau. Je pense notamment à Jean Baptiste Sipa, Fréderic Boungou, Alex Gustave Azebaze et au grand frère Jean Vincent Tchienehom qui aurait pu faire beaucoup de choses et qui nous aurait apporté certainement. Aujourd’hui, c’est moi. Je m’alignerai à tous ces prédécesseurs en essayant de voir ce que je peux tirer dans chacune de leurs expériences pour pouvoir avancer. De telle sorte que celui qui viendra derrière moi puisse trouver un Messager plus facile, qui ne soit pas un cadeau empoisonné.

Propos recueillis par Patricia Ngo Ngouem