Elle a remporté en décembre 2016 la médaille d’or du concours d’art oratoire, un rendez-vous planétaire regroupant un millier d’avocats issus de 44 pays francophones. Performance inédite pour une Camerounaise.

Me Ipanda Florence nous accueille dans son cocon familial l’air de rien, peinant encore à croire que sa «modeste personne» ait pu susciter l’intérêt d’un media plutôt côté dans l’opinion. Passées les civilités, la jeune femme d’à peine 26 ans ne se fait aucunement prier pour nous promener dans les dédales aux allures «encyclopédiques» de son parcours ayant conduit au sacre du 09 décembre 2016 devant ses confrères du monde entier.

De cette ballade, on retient que l’avocate stagiaire au Barreau du Cameroun a très tôt pris ses études au sérieux et laissé peu de place aux mondanités. Elle se plait bien à vanter sa «vie saine, rangée, disciplinée, calquée sur les préceptes de Dieu» à qui elle dit avoir confié son existence. Bachelière à 17 ans, elle est aujourd’hui thésarde, même si elle peine à ravaler la perte de deux ans «sabbatiques» due à une «désorganisation du système universitaire» il y a quelques années ; elle savoure néanmoins ses succès, comme ce master en droit décroché en 2015 avec 18/20 après avoir coiffé au poteau tous ses promotionnaires.

PAPA ET PARRAIN

Au plan professionnel, Me Ipanda Florence s’est installée dans le cabinet de Me Ipanda François, son géniteur et parrain auprès duquel elle continue de prendre ses marques en attendant l’envol. Contre toute attente, elle soutient que son irruption dans ce métier n’a été influencée ni par lui, ni par Me Ipanda Florence née Ngo Omam, sa mère qui exerce la profession d’huissier de justice. «Vous imaginez certainement qu’entrer au Barreau allait de soi. Mais j’ai présenté le concours de I’Enam deux fois pour devenir magistrate. À 22 ans, j’ai été admissible mais n’ai pas été retenue dans les trente définitivement admis. C’était le premier échec de ma vie, j’étais anéantie, je croyais que c’était la fin du monde pour moi. La deuxième fois je n’ai même pas été admissible.»

Revenant sur sa performance à la Conférence internationale des Barreaux (CIB) de tradition juridique commune, l’avocate parle d’une «consécration» au bout d’efforts innombrables. «C’est comme si j’avais perdu la CAN et gagné la coupe du monde. La preuve qu’à force de détermination, de travail et de foi, on peut accomplir ses rêves». L’avocate confesse qu’en y allant, elle se savait dotée de certaines aptitudes de par ses trois précédentes expériences dans les concours d’art oratoire. «J’ai été désignée lauréate du concours national, c’est ainsi que le train de la victoire s’est mis en marche. Nuits blanches, recherches interminables, moment de stress et même investissement financier, j’ai tout traversé. Je me levais CIB, mangeais CIB, dormais CIB. Je n’y allais pas pour participer mais pour gagner», lance-t-elle.

STANDING OVATION

Opposée à 9 jeunes avocats inscrits dans les Barreaux de Haïti, Sénégal, Mali, Luxembourg, Burundi, Bruxelles, Congo Brazzaville, Liège et Tunisie, la Camerounaise a ravi la palme d’or. En tout cinq sujets de plaidoirie, tous déclinés en thèses positive et négative, ont été proposés par les organisateurs pour départager les dix candidats aux calibres plutôt impressionnants. Me Florence Ipanda a porté l’éloquence au sommet à travers sa plaidoirie axée sur la thèse affirmative du sujet «Une législation d’exception peut-elle devenir la norme ?» Tout au long de son raisonnement, elle a démontré qu’une législation d’exception offre une réponse rapide aux crises brèves et n’a rien d’illégal si la situation qui l’a provoquée perdure. Sa prestation s’est achevée par un standing ovation quasi unanime dans la salle de 1500 places du Palais des congrès de Yaoundé. Le couronnement a eu lieu le même soir lors de la proclamation des résultats, où elle a reçu la médaille d’or de la discipline. Après un jeune avocat camerounais, elle est la seconde candidate vert-rouge-jaune à braver cette couronne.

À ceux qui veulent suivre ses pas, Me Ipanda préconise de s’interroger suffisamment sur les raisons de ce choix. Amour de justice ou appât du gain, il faut savoir. Elle conseille, en cas de réponse positive à la première hypothèse : «Ne laissez passer aucune opportunité. Les bonnes choses arrivent à tout le monde, mais les grandes choses n’arrivent qu’a ceux qui les provoquent». Y aurait déjà à son jeune âge un élément à gommer dans sa vie ? Niet, réagit-elle, certaine de ce que «toute situation positive ou négative intervient dans notre vie pour un but. Les obstacles et les embûches développent en moi combativité, détermination, persévérance et pardon». L’avocate ne fait pas mystère de son audacieuse ambition. Née à Yaoundé en janvier 1991, la jeune femme au teint clair et au physique plutôt flatteur qui tutoie l’objectif de notre photographe à l’instar d’un mannequin pro avoue être un cœur à prendre, une annonce qu’elle ne veut pas assimiler à un appel d’offres. Elle est très exigeante envers le futur élu de son cœur, dont elle à d’avance brossé le portait.

Texte : Irène Mbezele – Photo : Jean Pierre Kepseu / ICI