La promotrice du festival «Corps é gestes» livre les secrets de longévité de cette manifestation, dont la 11e édition se tient du 9 au 14 octobre 2018 à Yaoundé et Douala.

 

Le festival «Corps é gestes» a fêté ses 10 ans l’année dernière. Vous vous attendiez à cette longévité ?

Honnêtement, je ne m’y attendais pas et je rends gloire à Dieu pour cela. Nous avons eu pas mal de difficultés, dans un monde culturel où le financement s’amoindrit, où beaucoup d’artistes s’exilent, notamment ceux que le festival a pu promouvoir pendant ses 10 ans et qui font aujourd’hui la fierté de la danse et des créations sur le plan international. Quand nous avons lancé le festival, personne n’avait cru que ça allait faire 5 années.Nous avons failli abandonner, mais nous nous nous sommes battue. Je pense que nous sommes nous-mêmes surprise de voir que nous tenons le coup malgré les difficultés auxquelles nous faisons face.

Avez-vous trouvé LA recette qui vous permet de garder le cap après une décennie, dans un environnement où les manifestations culturelles meurent sitôt créées ?

C’est la persévérance et la patience. Même quand c’est dur, il ne faut pas abandonner son rêve. Ça n’a pas été facile. Nous avons parfois dû investir notre propre argent mais ça en valait la peine parce que nous voulons laisser notre marque dans la culture camerounaise et relever le défi en promouvant la danse de création camerounaise aux yeux du monde.Je suis très fière du travail accompli et de mon équipe. «Corps é gestes» n’est peut-être pas un festival de danse comme on peut en trouver en Europe, mais il peut être fier aujourd’hui de se compter parmi les festivals de danse en Afrique.

Si aujourd’hui nous avons des médailles d’or (le groupe camerounais Guilili Compagnie était médaillé d’or dans le concours de danse de création aux 7e jeux de la Francophonie de Nice en 2013, Ndlr), c’est parce que dès le fondement, il y a une petite plateforme qui donne la possibilité aux artistes de sortir la tête de l’eau, qui tient la main des danseurs et chorégraphes émergents. Nous avons également des artistes d’Afrique centrale qui sont venus au festival et qui tournent aujourd’hui dans le monde. Ils sont reconnaissants envers le festival et expriment le souhait de ne pas le voir mourir parce que c’est la seule plateforme de danse que nous avons aujourd’hui dans la sous-région.

Le festival revient cette année pour une 11e édition. Quels en sont les grands axes ?

Nous avons ajouté la performance à la danse de création il y a deux ans. Je crois que nous sommes la première plateforme de danse à avoir officiellement reconnu la performance comme un art qui peut nourrir son homme. Nous allons continuer sur la même lancée cette année en donnant le maximum de visibilité aux performeurs et faire installer l’art de la performance dans le cœur du public, à travers ce que nous avons appelé «La nuit de la performance».

A Douala, pour la première fois, nous allons descendre dans les quartiers. Cette année, nous allons toucher le quartier populaire de New-Bell dans le cadre des performances, de prestations artistiques et d’échanges et formations avec les jeunes. On essaie de faire modeste pour ne pas s’éparpiller. Nous repartons cette année avec le soutien de l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif), socle du financement des festivals. Cette 11e édition va attirer pas mal de mécènes et de partenaires, relancer la collaboration avec d’autres partenaires qui avaient plié bagages.

C’est l’occasion pour nous ici d’interpeller le gouvernement pour qu’il s’implique davantage. Le ministère (des Arts et de la Culture, Ndlr) nous a soutenue de temps en temps mais pour un festival qui compte aujourd’hui parmi les scènes internationales de la danse dans la sous-région, je pense qu’on peut encore accélérer le coup de pouce donné. Ce festival est notre façon, à nous artistes, de pouvoir contribuer à la paix, la stabilité et au vibre-ensemble au Cameroun.Mais aussi de montrer aux yeux du monde que dans un pays où les gens ne croient plus en rien, nous continuons à croire au niveau de la culture.

Propos recueillis par Patricia Ngo Ngouem