Paul Martin Atangana, plus connu sous le nom de Martinus, est maître d’hôtel d’une structure parisienne qui sert à manger aux plus hautes personnalités du monde. Un service à la française qui nécessite des trésors d’expertise et de discrétion.

 

En Hexagone, il existe encore des professions très pointues sinon fermées, où la diversité se raréfie comme l’oxygène à l’approche des sommets. Au rang de ces professions figure le travail de maître d’hôtel VIP. Martinus a réussi à se faire une place dans ce milieu où le talent revient à se faufiler telle une ombre au milieu des puissants, que l’on sert à table avec justesse et élégance. Même là, ce serait trop simple : «L’intervention à notre niveau est faite quand la partie administrative, technique, logistique est terminée. Et nous, nous rentrons en scène pour faire la visite des lieux, et la récupération des badges pour l’accès au site».

Lors de la Conférence des parties sur l’environnement (Cop21) qui s’est tenue dans la capitale française en novembre et décembre 2015, il n’y avait en cuisine ni couteau ni spatule. Sécurité oblige. Face à un protocole sur les dents, plusieurs grands chefs français ont reçu la responsabilité d’imaginer un menu «neuf étoiles» pour cent quarante-sept chefs d’État et de gouvernement : Nicolas Masse, Yannick Alléno, Alexandre Gauthier, Marc Veyrat, Christelle Brua et Thierry Charrier. Autour d’eux gravitait une armée de maîtres d’hôtels, dont notre compatriote Martinus. «Notre rôle était de faire le service des VIP reçus par Laurent Fabius, Ségolène Royal et Annick Girardin, alors Secrétaire d’État au Développement et à la Francophonie», souvient-il, pas peu fier. «Une forte sécurité était mise en place et tenue par des forces onusiennes», insiste-t-il.

FRENCH ART-DE-VIVRE
L’occasion était unique de montrer le savoir-faire français en matière d’arts culinaires et disciplines satellites. C’est ici que Martinus se fait plus explicite, limite professoral : «Dans ce service on tient compte de l’origine des invités, leurs habitudes alimentaires et leur religion. Le service à la française, nous sommes l’une des rares maisons qui le faisons encore. Pour dix couverts il faut 4 maîtres d’hôtel (deux premiers et deux seconds). Le service à la française se fait à gauche, c’est-à-dire que les deux premiers maîtres d’hôtel présentent le plat aux invités et ils se servent à l’aide d’une pince. Les seconds suivent avec un corps de sauce et service, toujours à gauche. À chaque partie du déjeuner ou dîner on va changer les assiettes et couverts jusqu’au dessert. Le service des solides est à gauche et les liquides à droite. Le service à table se fait selon le rang ou l’ordre d’importance».

Son plus beau souvenir ? Martinus n’hésite pas une seconde : le déjeuner offert au Bourget pendant la Cop21.Il avait alors la table d’honneur en face de lui avec Barack Obama des États-Unis, Angela Merkel la chancelière allemande, Vladimir Poutine le président russe, François Hollande le président français, Xi Jinping le président chinois. Récemment encore, il a servi Georges Weah lors d’un déjeuner avant son élection comme président du Libéria.

Il gratifie l’interlocuteur de quelques anecdotes savoureuses de sa riche expérience, comme celle-ci : «J’étais en plein service lors d’un déjeuner et  j’ai eu un transfert de communication sur mon téléphone : une dame qui dit s’appeler Hillary Clinton et désire parler à mon patron. Dix secondes après je réalise que c’était réel, et elle s’est mise à rire. J’ai passé la communication à mon patron, mais pendant ce temps ma prière était que mon téléphone ne puisse pas s’éteindre, et surtout ne pas recevoir de double appel!»

DISCRÉTION: UNE AFFAIRE DE FAMILLE

Martinus cultive la discrétion comme d’autres soigneraient des orchidées. Il est plutôt fier de ce pilier de l’éducation reçue de ses parents, chérissant même le souvenir d’une maman «dame de fer» et d’un père aussi croyant et rigoureux que moderne et ouvert à la discussion. Avec son frère Hector, et ses sœurs Anita, Irène Agathe et Marie Josepha, il assure avoir développé une relation de grande complicité. «En ce qui concerne ma famille, nous sommes très fermés», reconnaît-il. Au fait : pourquoi Martinus ? «Martin est mon saint patron, lui qui a partagé de son manteau en deux et donné une partie à un pauvre».

Pour Cécile Bana, une amie qui le connaît depuis les bancs du primaire à Mbalmayo, «il est réservé parce qu’il ne côtoie pas grand-monde. Il est resté très fidèle à ses amitiés d’enfance».Et de poursuivre : «Dès l’école il aimait bien s’occuper de tout ce qui avait trait à la cuisine. Avant de rejoindre la France, il avait déjà exercé dans l’hôtellerie. Il a même travaillé à la présidence de la République».

Là-dessus, l’intéressé détaille : «En ce qui concerne les différents  choix opérés dans ma formation, je dirai que tout cela est parti d’une rébellion. Et comme mon côté altruiste rendait ces choix faciles, j’étais comme un poisson dans l’eau. Cela n’a pas été facile, mon choix ne correspondait pas aux études longues de mes frères et sœurs. Mais au final mon instinct a eu raison, et je pense que mes parents sont contents de mon parcours, même s’ils ne le disent pas souvent. Ils sont très heureux de me voir épanoui dans mon environnement professionnel».

Son amie Cécile Bana insiste que la plus grande qualité de Martinus est la générosité. Ce que soutient Mme Abaa Amougou, une autre intime : «Je suis une vielle de soixante-huit ans. Je reste toujours en admiration devant ses idées de partage… Je souhaite qu’il ne change rien à sa vision de la vie… Ce jeune homme est particulièrement attachant, il est très généreux et vraiment humain, il n’oublie personne».

Heureux qui comme Martinus est salué de son vivant pour son sens du service !

 

Texte : Thierry Minko’o

Sujet à lire intégralement dans ICI Cameroun N°89