C’était un de ces matins flottants mais non moins excitants de la période du contentieux électoral, après le scrutin du 7 octobre dernier. Quelque part vers Mbankolo en allant vers le Palais des Congrès, se trouve un dépôt d’ordures totalement sans intérêt. Deux bacs rarement pleins, chichement placés sur un virage de route étroite où normalement personne ne s’arrête, sinon pour jeter ses saletés ou admirer subrepticement la baraque d’un grand du pays, juchée sur une colline tout près.

Ce matin-là, vers 7 heures, alors que les enfants prennent le chemin de l’école, il s’est formé un attroupement insolite. «Une femme a jeté son bébé mort à la poubelle !» renseigne une voix de femme indignée. (Comment sait-elle que le bébé était déjà mort quand on l’a jeté ?) «C’était un garçon !»

Sous les yeux ébahis et avides de commérages, un petit corps est couché entre les épluchures de plantains et les restes de mèches Nina d’un salon de beauté situé en face (mais ce n’est pas un indice). D’ailleurs, une autre femme s’empresse d’ajouter, les larmes aux yeux : «Ça ne peut pas être une fille d’ici ! Sinon, on devait savoir ! Elle a fait ça dans la nuit. La femme-ci a tué son enfant dans un autre quartier, elle est venue le jeter ici ! C’est la malchance !»

Sur quelle caméra de surveillance se base-t-elle pour assurer que c’est une fille qui a balancé le corps ? Ce sont toujours les filles qui trinquent dans ces mauvais films. Il est vrai que pour jeter un enfant à la poubelle, il faut déjà être présent(e) quand il se présente (je me répète, c’est l’émotion).

Mais j’en suis déjà à me demander pourquoi il a fallu qu’on vienne jeter ce pauvre enfant précisément à cet endroit, qui est sur le parcours de Clément Atangana le président du Conseil constitutionnel… Okay, il n’est pas dit qu’il y ait un rapport entre les deux éléments, mais tout de même ! Si le cortège et les sirènes de Clément Atangana doivent être ralenties à cet endroit pour cause d’attroupement matinal intempestif, on pourrait tomber dans un incident sécuritaire imputé à des candidats dont les recours auraient été rejetés. Les gens sont comme ça…

A part ça, je suis songeur. En octobre 2018, alors que notre jeunesse a été créditée d’une conscience sociale manifeste pendant les opérations électorales, il y a donc encore des crétines assez barbares pour se faire engrosser puis vider l’enfant comme un abcès purulent. Pour nous qui imaginions ces millions de jeunes scotchés devant leur écran de télé, à se passionner pour les tirades d’avocats énervés, la découverte de ce corps est un retour brutal à la réalité. Les gens sont comme ça… Ce n’est même pas un acte lisible politiquement, genre «je refuse que mon enfant naisse dans un pays sans avenir». C’est tout simplement une garce qui en libérant les énergies a tiré un pénalty obscène et non protégé, pour découvrir qu’elle n’avait pas la force de l’expérience. Verdict : Irrecevable !

Thierry Minko’o