Ce matin encore, ma boulangère m’a jeté à la figure: «Monsieur je n’ai pas la monnaie !». Puis, abandonnant avec dédain ma commande sur le comptoir, elle a tourné le dos d’un geste furieux comme si je l’interviewais sur son salaire (qui d’ailleurs doit être fort modeste puisqu’elle ne sourit jamais, la vilaine !)

Pourtant j’ai fait un effort : j’ai sorti le plus craquant des billets de 1000 FCFA en ma possession (j’espérais qu’elle voie ça comme un signe de considération cosmétique) et j’ai pris deux baguettes au lieu d’une. Total : 400 FCFA. Peine perdue ! Ma boulangère veut des chiffres ronds genre 500 francs, et non pas 400 ou 600. Là encore, si vous devez payer 600f elle tranchera : «Donnez-moi 100f». Et si votre commande fait 450 francs, elle remboursera sans vous regarder, disant : «Je n’ai pas 50».

Le problème ce matin, c’est que j’étais nerveux à la base. Tout ça parce que j’ai discuté du retrait de la CAN 2019 avec un voisin que je n’ai pas su émouvoir avec mes arguments chauvins. Bilan: ce voisin se réjouit comme il y a la honte sur le pays, selon lui à cause des dirigeants, et puis c’est tout !

Bref: j’ai galéré à la station service où j’ai déambulé çà et là comme un mendiant avec un pauvre «gros billet» qu’il fallait «casser» avant d’aller à la boulangerie. Du coup j’ai pesté intérieurement: Foutu pays !

Depuis des mois dans les taxis, magasins et marchés, la raréfaction des pièces de monnaie atteint des proportions dantesques (ça fait un moment que j’essaie de placer le mot dantesque dans une phrase, c’est réglé). Nos journaux ont récemment raconté l’interpellation d’un Chinois à l’Aéroport de Yaoundé-Nsimalen en possession d’un sac bourré de pièces de monnaie. La même presse a fait écho de cette descente du Groupement territorial de la Gendarmerie de Douala, qui a saisi une quarantaine de sacs contenant des pièces de monnaie, des mains d’un Camerounais et d’un Asiatique.

Alors ce seraient les Chinois ?!  Une idée dantesque ! (je sais: j’abuse mais je me console de la CAN).

Toutefois j’ai du mal à jeter la première pierre à nos amis Chinois car la chose n’est pas prouvée. Et puis de toute façon les Chinois n’ont jamais braqué ma boulangerie ni embarqué toutes les pièces de monnaie que j’y laisse à longueur d’année entre les mains de cette boulangère qui n’a jamais de jetons à rembourser.

Les gars, je sais bien qu’il y en a que ça aurait vachement arrangé de tout mettre sur le dos des Chinois. Mais  quand je regarde la mine patibulaire de ma boulangère, je sens que je vais appeler la police un de ces quatre !

 

Thierry Minko’o