La rencontre avec le roi des planches au Cameroun, a eu lieu au quartier Messamendongo à Yaoundé, dans cette villa (photo) bâtie en grande partie grâce à son fils Joseph Cyrille Ndo, ancien pensionnaire de l’équipe nationale de foot. Daniel Ndo venait de réaliser le film Dieu devant la barre, œuvre créditée d’une belle audience le jour de l’avant-première au Cinéma théâtre Abbia de Yaoundé.

Mais qui est Daniel Ndo ? pourraient se demander les plus jeunes d’entre nous. Daniel Ndo, c’est l’homme plus connu sous les traits d’Oncle Otsama, ce paysan fort en gueule qui affronte les codes de la vie urbaine. Le personnage a été créé  en 1977, à la fin d’une formation en dramatique télévisuelle à Naples en Italie.

 

LA RENCONTRE AVEC HENRI BANDOLO

Lorsqu’il rentre au Cameroun en 1978, Daniel Ndo rencontre Henri Bandolo, alors chef de service des programmes à Radio Cameroun : «Je lui ai dit que je voulais faire du théâtre radiophonique participatif. Il s’agissait de diffuser un pilote de 15 mn et laisser le public écrire la suite».

Ainsi commencent les aventures d’Oncle Otsama sur les ondes. Tous les samedis à 16h, les auditeurs suivent les galères de ce bon villageois qui ne manque pas de répondant. C’est un succès fulgurant : «Le 1er décembre 1978, Oncle Otsama a été la première pièce de théâtre à faire salle comble à l’Abbia. Douala a demandé le spectacle, je me souviens que des vitres ont été cassées à la Maison du parti, tellement ça se bousculait».

 

12 ALBUMS AVEC ONCLE OTSAMA

Otsama souvenir, première de ses douze compilations de sketches, installe le comique parmi l’élite du genre, avec les Ambroise Mbia, Jean-Miché Kankan, Essindi Mindja, Dave K. Moktoï.

En 1980 sort Otsama interprète, où il est question de traduire pour les villageois de Ngomedzap dans la province du Sud, un discours du sous-préfet, riche en quiproquos savoureux. Puis il y aura Otsama reporter sportif (un match de foot qui s’achève au gourdin), Otsama dans l’avion (où il exige de manger des chenilles de Ngomedzap), Le sous-préfet de Ngomedzap est une femme, qui lui vaudra l’inimitié du sous-préfet de la localité.

De la même façon, le sketch Au village, dans lequel Oncle Otsama dévalise la maison d’un neveu ingrat, sera source de tensions avec l’entourage du président Ahidjo. «On est venu me demander si je voulais montrer à travers ce sketch que les gens du Sud allaient ramener le pouvoir au village », se souvient l’artiste amusé.

Pour écouter une des chansons enregistrées par l’artiste, cliquer ci-dessous:

 

«FAIRE DISPARAÎTRE ONCLE OTSAMA»

Cependant, Daniel Ndo a fait beaucoup de choses depuis cette période. Alors le personnage d’Otsama a commencé à lui peser. Principale raison : adapter cette figure aux époques qui se suivent et ne se ressemblent pas forcément.

«Tu ne peux pas inventer Oncle Otsama tout le temps, il se fatigue. Même un personnage comme Tintin a eu des cycles et puis ça s’est arrêté. Pour faire mourir Oncle Otsama, il faut faire des bandes dessinées, sortir un lot d’albums, organiser son repos et créer autre chose».

Daniel Ndo n’a affiché aucune émotion en parlant de «faire mourir Oncle Otsama», à moins qu’il soit décidément bon comédien.  «En tout cas, Oncle Otsama se prépare. On saura bientôt pour quoi il se prépare : pour son rebondissement ou sa retraite».

 

UN COMÉDIEN SURDOUÉ

C’est dans l’enfance que l’on retrouve les ferments de sa créativité, qu’il s’agisse des chenilles de Ngomedzap sa ville natale, de la figure du sous-préfet incarnée par son oncle Martin Onana jadis en poste à Mfou, et même du nom Otsama Môt Bikié (l’homme de fer) qui appartenait à un oncle mécanicien et forgeron.

Sa mère est décédée alors qu’il avait trois mois. Joseph Ndo, son infirmier breveté de père, se remarie et ajoute trois sœurs aux quatre orphelins du premier lit. Chez le jeune Daniel, on repère une élocution hors du commun : «A dix ans, j’étais le meilleur lecteur de mon école à Meiganga. Mon maître du CE1 a monté la pièce L’Impromptu du Médecin où je jouais le médecin. On m’a donné 250 F de l’époque (25 000 F d’aujourd’hui). C’était mon premier cachet, raison pour laquelle je situe le début de ma carrière à ce moment».

 

IL JOUE DEUX PIÈCES A LA FOIS !

A treize ans, Daniel Ndo perd son père, échoue au concours d’entrée en 6e et atterrit chez un oncle. Il entrera finalement au collège d’enseignement général de Mbalmayo où il sera meilleur lecteur et meilleur comédien. Pour ses camarades de l’époque, il est le grand fonctionnaire de Trois prétendants, un mari, la pièce de Guillaume Oyono Mbia.

Arrivé à Yaoundé en 1967, Ndo participe à un stage patronné par William Etéki Mboumoua alors ministre de l’Éducation, du sport et de la jeunesse. Il est désigné meilleur jeune, car il joue dans deux pièces à la fois, Le Mandat de Sembène Ousmane et Le train spécial de son excellence d’Oyono Mbia. Après  l’obtention du BEPC en 1968, le voici membre de la troupe Negro Star d’Adolphe Claude Mballa comme acteur puis comme metteur en scène.

 

PREMIER VOYAGE A L’ÉTRANGER A 24 ANS

En 1969, il est proclamé meilleur acteur du Festival camerounais d’arts dramatiques. «Pour nous, la Fédération camerounaise de théâtre a créé la première école de théâtre du pays, elle était basée au quartier Madagascar», se souvient-il. En 1970, il fait son premier voyage d’étude à l’étranger, précisément à Dakar au Sénégal. En 1972, lors des festivités marquant la Réunification du Cameroun, celui qui est alors le meilleur acteur du pays tient le premier rôle dans L’inévitable compromis de Dikongué Pipa, devant le président Ahidjo.

Né le 25 mai 1945, Daniel Ndo a campé un mari intraitable pour la belle Tazibi dans L’Etoile de Noudi, un vieux garçon sur le retour dans Le Retraité et un catéchiste ultra orthodoxe dans la série Ntaphil.  Au cinéma, il a joué dans Les Coopérants d’Arthur Si Bita, Ribo ou le soleil sauvage de Joseph Henri Nama, Confidence de Cyrille Masso.

Voici comment l’homme résume ce parcours hors du commun : «Je n’ai pas encore récolté ce que j’ai semé dans l’art. Quand je dis ça à ma femme, elle ne me croit pas ». Catherine, sa femme, qu’il a épousée en 1973, lui a donné neuf enfants. L’aînée, Dorothée, a commencé une carrière d’artiste avant d’épouser un Français.

 

Texte : Thierry Minko’o – Photo : Jean Pierre Kepseu – ICI Cameroun