A quelques jours de la Course de l’Espoir 2019, les regards se tournent comme de tradition vers les légendes de cette épreuve d’athlétisme organisée à Buea sur les pentes du Mont Fako. Parmi ces légendes se trouve la meilleure ambassadrice de la compétition, devant des pionniers masculins comme le Révérend Walter Stifter, Mike Short, Timothy Leku Lekunze et Reginald Esuka.

Sarah Liengu Etonge est allée beaucoup plus loin dans les symboles: elle s’est fait ériger en 2005 une statue au lieu-dit Police Station à Buea. Pourquoi ? Parce que cette sportive qui a mis sept enfants au monde a couru «l’épreuve la plus difficile du monde» jusqu’en 2017 à l’âge de 50 ans !

Après avoir pris sa retraite en 2008, elle avait fait un premier come-back en 2013, puis un autre en 2017 non pas pour gagner mais pour passer un message de paix et d’unité aux populations des régions anglophones du Cameroun.

 

7 VICTOIRES POUR L’ÉTERNITÉ

Sarah Etonge est surnommée Reine de la Montagne par certains et  Docteur Honoraire de la Montagne par d’autres, parce qu’elle a remporté l’Ascension mythique à sept reprises.

1996 Après s’être classée 4e en 1994 et 3e en 1995, Sarah Etonge remporte la Course de l’Espoir pour la première fois au cours d’une édition où les 5 continents sont représentés. «Je ne réalisais pas moi-même, a-t-elle raconté à ICI une matinée dans sa maison du quartier Mokunda à Buea. Moi, star dans mon pays ? J’étais heureuse mais pas vraiment convaincue. J’avais peur que ça soit un coup de chance. Cette course est très dure, vous savez».

1997 Les craintes de la championne sont évacuées lorsqu’elle confirme la performance de l’année précédente. Sarah Etonge, 30 ans, rejoint le club fermé de ceux qui ont triomphé du Char des Dieux à deux reprises au moins.

1998 La troisième victoire de Sarah fait beaucoup de bruit au Cameroun et au-delà. Elle est invitée en France et en Suisse pour prendre part à des compétitions où on loue sa force de caractère. A partir de cette année-là, elle remportera trois fois le marathon de Libreville. La chaîne de télévision France 2 réalise un documentaire sur son parcours exceptionnel.

1999 Quatrième victoire en 4 ans. Impressionné par le phénomène Etonge, le colonel Kalkaba Malboum alors président de la Fédération camerounaise d’Athlétisme, propose de l’inscrire dans une école étrangère spécialisée. Mais le projet sera ralenti puis différé à cause de la maladie du père de Sarah, Isaac Etonge.

2001 Année du record. Sarah Liengu Etonge domestique «l’épreuve la plus difficile du monde» et couvre les 36 kilomètres sur 3 300 mètres de dénivelé en 5 heures 21 minutes et 42 secondes. Son aisance étonne la planète, mais personne ne sait qu’en réalité la championne vit pratiquement sur le tracé de la Course: elle cultive un champ de vivres non loin du premier refuge.

2003 Cette sixième couronne est émotionnellement intense : «Je venais d’enterrer mon père, je sortais du deuil. A cause de tout cela, j’ai annoncé ma retraite. Je ne voulais plus disputer la Course de l’Espoir».

2005 La revanche est un plat de championne qui se mange chaud. Défaite en 2004, Sarah Etonge est déclarée finie par certains observateurs. Elle a ruminé sa riposte, et celle-ci tombe le 27 février 2005 au stade Molyko : «En 2004 comme j’étais blessée, je n’étais même pas sur le podium. Il y a des gens qui sont venus me voir pour que j’arrête. Moi, j’ai cru en mes capacités. En 2005, à cinq cents mètres de l’arrivée, ma concurrente Tari Wirngo Immaculate était encore devant moi. J’ai accéléré de toutes mes forces et j’ai gagné».

Seule «autochtone» pouvant résister à la furie des concurrentes venant de Bamenda, Bafoussam, du Rwanda ou de France, Sarah est devenue sans le savoir le dernier rempart de la fierté Bakweri. Lors de cette ultime victoire en 2005, le Paramount Chief des Bakweri a bondi de sa place dans la tribune d’honneur pour tomber dans ses bras. C’est au cours de cette année que sa statue de Police Station a été érigée.

Mais au bout du compte, la Reine Sarah nous a dit : « Cette statue ne me ressemble pas du tout! »

 

Texte : Thierry Minko’o – Photo : Jean Pierre Kepseu – ICI Cameroun