«Je suis votre libérateur ! Je vais mourir pour vous !» Ainsi parlait jadis le jeune Simon Longkana Agno alias Longuè Longuè, dont nous avions découvert les textes aux accents christiques, à l’époque galéroise où il sortait fraîchement du cabaret. Mais ça, c’était avant.

Bientôt encombré par un succès-éclair qui lui ouvrit les écluses des visas tout comme les bras parfumés des groupies, le «Libérateur» partit en vrille dans une série de bourdes retentissantes, entre ego boursouflé, mœurs vénales et éclaboussures libidineuses. Et voilà que l’autre jour, le chanteur-comédien se mit à renifler piteusement devant la face du web pour récupérer son passeport soi-disant en suppliant Paul Biya, histoire de voir ses enfants grandir. Tu parles ! C’est ça le gars qui voulait mourir pour nous ?

Aucune importance: notre époque frivole retiendra que la vidéo a fait un buzz monstrueux, jusque dans mon village sans réseau où tout le monde en parle encore. Bon ! soit dit entre nous, cette théâtralisation grossière de la repentance publique n’a aucune chance de transformer le bad boy Longkana Agno en agneau. Le bonhomme est loin d’être un enfant de chœur, et pour lui les larmes (et la morve s’il le faut) sont un instrument comme les autres. Et le chanteur a fini par récupérer son passeport…

De toute façon, nous sommes entrés dans un cycle étrange où nombre d’artistes surjouent l’auto-flagellation à ciel ouvert, d’aucuns implorant miséricorde auprès de la Brigade Anti-sardinards pour avoir soutenu le candidat du RDPC pendant la récente campagne présidentielle. A force de sorties larmoyantes centrées sur leurs petites affaires personnelles, nombre de nos musiciens sont en passe de perdre leur étiquette de winners. Pour les libérateurs prêts à mourir pour le petit peuple, on repassera !

Alors, tant qu’à faire dans un pays où Nyangono du Sud ne s’est toujours pas excusé de chanter plus fort que Bona, va pour le mélange des genres ! Appliquons la méthode Longuè Longuè à Wome Nlend, par exemple. Imaginons-le pleurant comme une madeleine devant ses compatriotes après avoir loupé le pénalty qui nous aurait envoyé à la Coupe du monde 2006. Imaginons Vincent Bolloré et ses amis de Camrail à genoux sur les rails d’Eséka, en larmes après le déraillement d’octobre 2016. Imaginons les gars qui n’ont pas terminé les travaux de la CAN… et ainsi de suite.

Mais le plus fort ne serait-il pas de voir ces gestionnaires indélicats, les éperviables, passer l’épreuve des larmes à leur tour ? Visualisons le topo. Dans le rôle de Djene Djento introduisant le pleureur, il y aurait un procureur ventripotent lançant à quelque ministre ou DG sous pression : Toi là, viens ici ! Mets-toi à genoux et commence à demander pardon en fixant le téléphone là-bas. Avouez que ce serait vachement cathartique de voir un ancien baron du système nous demander pardon avec des trémolos accablés. Okay, les larmes ne ramèneraient pas les millions détournés, mais pendant quelques instants derrière nos claviers anonymes, chacun se sentirait supérieur et, quelque part, libéré ! Vu que Longuè Longuè a récupéré son passeport, on en tirera forcément quelque chose.

Thierry Minko’o