Henri Mélingui est un jeune cinéaste camerounais qui, après son premier film Sexe, Champagne et chocolat, a fondé H7Films, une entreprise de production et de distribution de films par voie électronique.

La voix assurée et distinguée qui résonne, contraste bien avec l’allure frêle du jeune homme. Scénariste par passion, chacune de ses phrases semble être tirée d’un script imaginaire qu’il répète avec confiance. Le personnage captive au premier abord. Henri aime se raconter et confesse qu’il aime entendre des histoires ; ce qui l’a conduit petit à petit vers le cinéma. Scénariste, réalisateur, producteur et somme toute déjà entrepreneur, il assume ses différentes casquettes avec philosophie. «En gros, je me suis dit: soit je ne fais rien, je laisse ma passion dormir en moi et j’opte pour un métier classique ; soit je viens d’avoir mon diplôme et je me lance, je le fais maintenant et si ça ne marche pas, tant pis, je refais quelque chose de plus classique en sachant que j’ai tenté ma chance.» Il choisit donc la seconde option.

 

L’ÉTAPE CALIFORNIENNE

Entre 2006 et 2010, étudiant en business administration à l’USC (University of Southern California) à Los Angeles aux États-Unis, Henri suit des cours de cinéma et commence à rédiger des scénarii. De retour au Cameroun, les valises pleines de scripts, il décide de se lancer. Il réalise le film  Sexe, Champagne et Chocolat, authentiquement camerounais, avec des acteurs et une équipe de production recrutés au pays. Son budget ? «Seulement trois millions de FCFA», dévoile le jeune cinéaste. «Maintenant, ajoute-t-il, le matériel pour faire des films coûte moins cher ! Pas besoin de matériel sophistiqué, il suffit d’avoir une caméra haute définition par exemple. Ça se vend partout. La main-d’œuvre aussi est peu coûteuse car le marché n’est pas concurrentiel.»

 

LE COUP DE LA PANNE

Parmi les acteurs, Jacques Ekwa et Elsina Florez partagent les premiers rôles. L’intrigue du film est construite autour d’une relation ambigüe entre deux personnages, l’histoire de deux amoureux célibataires qui décident de passer la nuit de la Saint Valentin ensemble plutôt que de rester chacun de son côté. Quelques dérapages au cours de la soirée, un peu de vin, une panne sous la couette, handicapent la célébration. En quête d’affinité, les deux se retrouvent confrontés aux conséquences de l’incapacité de l’un d’eux à avoir le rapport sexuel tant attendu. Attention, le scénariste précise qu’il ne s’agit pas d’une autobiographie !

 

PROMO SUR INTERNET

Pour en faire la promotion, Henri Melingui a choisi les créneaux de son époque. Une campagne sur Facebook, une distribution sur YouTube et d’autres plateformes de vidéo à la demande via Internet. En plus, son portail électronique www.h7films.com est la vitrine de la structure de production qui porte le même nom, avec pour vocation de «toucher un public mondial et atteindre des spectateurs qui ne pourraient pas avoir accès au film par les canaux classiques de distribution. Vu que ce n’est que le premier film, on ne peut pas s’attendre à être millionnaire avec. Ça va plus amener des connexions.»

Bien qu’il n’ait pas encore de visibilité claire sur la rentabilité de son premier film, Henri Melingui a des idées plein la tête. Les tiroirs de ce fan de Woody Allen et Quentin Tarantino, regorgent de scripts de films et de séries prêts à l’exploitation.

 

LA MÊME PASSION QUE SON PÈRE

«Je pense qu’à mon âge, il est préférable de travailler le plus possible pour s’améliorer(…) Il y a des scénarii de films et de séries qui attendent. Le vrai problème c’est d’arriver à convaincre les gens à se lancer, notamment les chaines de télé. Il y en a qui ne sont pas contents des séries qu’ils ont à l’antenne, mais qui avouent qu’ils ne savent pas comment en produire.»

Né le 25 juillet 1989 à Neuilly-sur-Seine en France, Henri préfère rester seul pendant ses moments de création, la nuit surtout. Avec ses amis, il joue au basketball, comme pendant les années lycée à Fustel De Coulanges à Yaoundé.

Benjamin d’une fratrie de cinq, il grandit en Côte d’Ivoire, puis au Cameroun au gré des déplacements de ses parents. Cœur à prendre, il a su compter sur le soutien de sa famille. D’ailleurs, son père Roger Melingui, ancien ministre délégué chargé du Budget, aurait lui aussi aimé être réalisateur de cinéma, plus jeune. Peut-être un signe du destin.

 

Texte : Djeny Ngound – Photo: Jean Pierre Kepseu / ICI Cameroun